Primaires du Parti socialiste : Aubry un héritage revendiqué

29 Juin 2011

Nous voilà enfin sorti d'un insoutenable suspense entretenu par la presse : Martine Aubry a annoncé qu'elle serait candidate à la présidentielle de 2012, ou plus précisément à la primaire socialiste, puisque telle est la procédure choisie par le PS pour désigner sa candidate ou son candidat. À part cette annonce, qui relève du secret de polichinelle, on n'est guère plus renseigné sur la politique que Martine Aubry s'engage à mener si elle accédait à l'Élysée. Rien qui la différencie nettement de ce que pourrait déclarer un candidat de droite ou de gauche. Elle promet d'être plus juste, plus équitable, plus calme, plus rassembleuse, sous-entendu que ne l'est Sarkozy. Ce qui n'est guère difficile, mais, notons-le, n'engage à rien de précis.

Dans ce flou habilement travaillé, Martine Aubry prend tout de même la peine d'avertir que « tout ne sera évidemment pas possible tout de suite ». Une chanson qu'on sert traditionnellement aux classes populaires pour les mettre en garde contre des illusions. C'est vrai que tout n'est pas possible, quand on refuse de s'en prendre aux puissances économiques et financières, au « mur d'argent » selon une formule utilisée par le Parti socialiste dans une autre période. Le PS, au pied de ce mur, s'est toujours arrêté.

Une autre affirmation mérite d'être relevée : Martine Aubry invoque ses liens de parenté, en l'occurrence son père Jacques Delors, qui fut le ministre de l'Économie et des Finances dans le gouvernement socialiste dirigé par Pierre Mauroy. « Je m'appuie, dit-elle, sur ce qui m'est le plus cher, les valeurs transmises par ma famille : la morale, le sens de la justice... ». Elle aurait pu ajouter la rigueur. Car Jacques Delors fut celui qui mit en place le plan de rigueur du PS en mars 1983. Un plan qui instaurait entre autres le blocage des salaires (avec pour corollaire la suppression de toutes les clauses qui, dans les accords d'entreprise, prévoyaient une indexation des salaires sur l'évolution des prix), une hausse des taxes diverses, la mise en place du forfait hospitalier.

Comme on peut voir, la référence au père vaut référence pour la politique qu'entend mener la fille. C'est du passé, dira-t-on. Sauf que, depuis cette période, le PS est revenu aux affaires, avec Jospin, entre 1997 et 2002, sans que ces mesures, et cette rigueur, soient remises en cause.

En fin de compte, la profession de foi de Martine Aubry, à la gare Saint-Sauveur de Lille, ce 28 juin, en a dit, en fait, plus qu'il n'y paraît.

Jean-Pierre VIAL