Mensonges : l'Insee contredit Guéant

29 Juin 2011

L'Insee a publié, le 27 juin, un communiqué de presse rappelant des statistiques publiées en 2005 sous sa responsabilité et concernant le parcours scolaire des enfants d'immigrés.

Il y a plus d'un mois, Claude Guéant, le ministre de l'Intérieur, s'était répandu en déclarations xénophobes sur le sujet, sur l'antenne d'Europe 1 d'abord, devant les députés ensuite, pour terminer sa charge peu glorieusement dans une réponse vaseuse et alambiquée au quotidien Libération. Il s'agissait pour lui d'illustrer un propos négatif sur « l'intégration » des familles issues de l'immigration, en affirmant que « les deux tiers des échecs scolaires, c'est l'échec d'enfants d'immigrés », car, à l'en croire, « les deux tiers des enfants d'immigrés sortent de l'appareil scolaire sans diplôme ».

Peu importait que les deux affirmations, à part les termes de « deux tiers », n'aient, si on y réfléchit un peu, aucun rapport. Peu importait également que l'arithmétique de base fût torturée par l'énarque Guéant dans son usage de la statistique de l'Insee : les 16 % d'enfants de familles immigrées parmi les élèves sortis sans diplôme du lycée devenaient curieusement « deux tiers » des échecs scolaires. L'important était qu'un grossier mensonge soit proféré, que les relents xénophobes soient bien lourds, et que le message adressé une nouvelle fois aux préjugés les plus réactionnaires de l'électorat soit distillé longuement.

La réalité sociologique, le fait que les enfants d'immigrés appartiennent le plus souvent à des familles populaires, qu'ils ont le plus souvent des parents non diplômés, occupant de fait des emplois non qualifiés, est visiblement sans intérêt pour le ministre de l'Intérieur. C'est uniquement là pourtant qu'on peut trouver les raisons des difficultés scolaires... des enfants d'immigrés et de bien d'autres.

Un mois plus tard, la direction de l'Insee, administration publique qui doit « éclairer le débat économique et social », a dû expliciter les statistiques maltraitées par Guéant et infliger ainsi à ce dernier un démenti. Malheureusement, cela aura sans doute moins d'impact. Comme la calomnie, le mensonge laisse des traces même quand il est dûment démenti.

Viviane LAFONT