Kazakhstan : solidarité avec les grévistes de l'industrie pétrolière !

29 Juin 2011

La grève qui paralyse un quart de l'industrie pétrolière du Kazakhstan, la plus étendue des ex-républiques soviétiques d'Asie centrale, est la plus grande grève qu'ait connue ce pays. Elle concerne environ 15 000 travailleurs.

Elle a débuté le 9 mai, à l'ouest du pays, dans la région de Mangistaou, par une grève des ouvriers de la société Karajanbasmounaï. Le 17 mai, elle était devenue massive en s'étendant aux principales autres entreprises d'extraction ou de transformation de l'or noir de la région : Ersaï Kaspian Kontraktor, KazMounaïGaz, Jondeou, Krouz, Bourgylaou et encore AktobeMounaïGaz, dans la région voisine d'Aktioubinsk.

Ces entreprises, issues des groupes pétroliers d'État de l'Union soviétique, appartiennent désormais à des compagnies pétrolières étrangères, souvent chinoises telles CITIC et SNPS, ou à des nantis du régime, tel le géant KazMounaïGaz que contrôle Timour Koulibaev, gendre du président-dictateur kazakh Noursoultan Nazarbaev.

Dans l'un et l'autre cas, la bureaucratie dirigeante kazakh, qui vit en parasite sur l'économie, ne tolère aucun mouvement social. En effet, le secteur des hydrocarbures est, avec celui des mines, sa principale source d'enrichissement. Pour s'assurer la paix sociale, en temps normal, elle s'appuie sur des « syndicats » inféodés au régime. Ainsi le chef de la Fédération syndicale officielle a aussitôt dénoncé cette grève comme « illégale ».

Car, pour les bureaucrates du Kazakhstan il ne peut qu'être « illégal » de faire grève, de manifester et de réclamer des augmentations de salaire ainsi que l'amélioration de ses conditions de travail. Et plus encore quand les grévistes le réclament aussi pour les travailleurs du secteur public qui ont des salaires encore plus misérables qu'eux.

Ceux qui animent ces grèves sont donc qualifiés d'« extrémistes » (un crime en droit kazakh) quand ils veulent faire reconnaître leur syndicat, indépendant de la clique au pouvoir. Ou quand ils parlent de renationaliser les entreprises privatisées après la fin de l'Union soviétique et de les faire passer sous le contrôle des travailleurs.

Alors, quand malgré tout des grèves éclatent, le régime fait donner ses flics, ses juges et ses hommes de main.

Un gréviste a été tué, d'autres ont été emprisonnés ainsi que la conseillère juridique du syndicat indépendant. La « justice » a lancé des poursuites contre des ouvriers et des syndicalistes pour « incitation à la haine sociale », « organisation de rassemblements, marches et manifestations illégaux » et « direction d'une grève illégale ». Des rassemblements pacifiques de la population en soutien aux travailleurs du pétrole ont été sauvagement dispersés par la police, des « inconnus » ont mis le feu à des maisons de grévistes, des militants ont été victimes de violences, sans que la justice ouvre la moindre enquête sur ces faits.

Malgré la répression, dont le licenciement de nombreux grévistes, ceux-ci continuent à se battre. Et à réclamer leur dû et leurs droits face à la dictature.

Pierre LAFFITTE