Irlande du Nord : la crise fait ressurgir la question irlandaise

29 Juin 2011

Les 26 et 27 juin, la capitale de l'Irlande du Nord, Belfast, a connu de violents affrontements comme on n'en avait pas vu depuis plusieurs années. Pendant deux nuits, plusieurs centaines d'individus, organisés par les nervis d'extrême droite de l'UVF (Force des volontaires d'Ulster) ont attaqué le Short Strand, une enclave catholique de 3 000 habitants, isolée dans l'Est-Belfast protestant.

Les attaquants ont usé de cocktails Molotov, de bombes à peinture et de fumigènes, tandis que les attaqués se sont défendus avec des briques et des barres de fer. Puis les armes à feu sont sorties, laissant trois blessés par balle. La police et ses canons à eau n'auront réussi qu'à exaspérer la rage des émeutiers.

Bien qu'elles prennent rarement un caractère aussi spectaculaire, de telles tensions restent vives à Belfast. Si certains des « murs de la paix » érigés dans le passé pour désamorcer ces tensions ont été démantelés, bon nombre restent, et les jets de projectiles de tous ordres par-dessus ces murs font partie de la vie quotidienne.

Ces tensions n'ont jamais eu grand-chose à voir avec la religion. Elles étaient le produit de la pauvreté d'une partie de la population -- tant protestante que catholique -- et de la politique de l'État britannique se servant des craintes de la population protestante pour asseoir sa domination sur la province face aux nationalistes irlandais.

C'est cette situation qui, sur le fond de la crise sociale de la fin des années 1960, donna lieu à ce que l'on appela « les Troubles » -- trois décennies de guerre civile entre d'un côté les nationalistes irlandais, qui prétendaient défendre les intérêts de la minorité catholique, et de l'autre l'armée britannique et ses auxiliaires paramilitaires « loyalistes »(tels que l'UVF), qui prétendaient protéger la majorité protestante.

Ces facteurs de tension restent tout aussi présents. Les nationalistes irlandais ont beau siéger aujourd'hui dans les institutions provinciales aux côtés des unionistes protestants qui servent de relais à la politique de Londres, la question nationale irlandaise n'est toujours pas réglée.

Quant à la pauvreté, elle est remontée en force avec la crise. L'Irlande du Nord compte parmi les régions les plus touchées par la hausse du chômage au Royaume-Uni, du fait de la dépendance de son économie de l'industrie du bâtiment, qui s'est écroulée, et de l'emploi public, brutalement réduit par la politique d'austérité de Londres.

Avec leurs rues de plus en plus dégradées faute d'entretien, leurs boutiques fermées et la hausse du chômage, les quartiers ouvriers de l'Est-Belfast sont des ghettos plus fermés que jamais, où règnent la drogue et les rackets divers, sous le contrôle de gangs loyalistes que les politiciens protestants -- voire les services spéciaux de Londres -- gardent en réserve en cas de besoin.

Pour ces gangs, qui rêvent de retrouver l'emprise qu'ils avaient sur la population protestante à l'époque des « Troubles », la crise offre l'occasion de relever la tête en s'efforçant d'attiser les haines et les préjugés dont se nourrit leur influence. C'est ce qu'ils ont montré lors de ces récents affrontements.

François ROULEAU