Crise de la dette : les banques veulent faire payer leur crise aux populations

29 Juin 2011

Les chefs d'État et de gouvernement de l'Union européenne, réunis à Bruxelles le 24 juin, ont annoncé qu'ils étaient finalement tombés d'accord pour demander aux « investisseurs privés » -- autrement dit, aux banques, compagnies d'assurances et autres établissements financiers créanciers de l'État grec -- de participer au nouveau plan d'aide à la Grèce en cours de négociation.

Ce nouveau plan, comme le précédent plan de 110 milliards de prêts de mai 2010, vise uniquement à prêter au pays de quoi continuer à rembourser ses créanciers. Présenté, cyniquement, comme un plan d'aide à la Grèce -- alors qu'assorti d'un nouveau plan d'austérité il ne pourra qu'aggraver encore les difficultés de la population, la crise de l'économie, les déficits et l'endettement de l'État grec -- il s'agit en fait d'un nouveau plan d'aide à ses seuls riches créanciers -- banquiers, assureurs, fonds d'investissement.

Le plan de mai 2010 a été financé uniquement par les États européens et par le FMI, autrement dit, en dernier ressort, par les contribuables européens. Pour la première fois, le nouveau plan devrait mettre à contribution les créanciers. C'est du moins ce qu'affirment les Merkel, Zapatero et autres Sarkozy. Quels seront la forme et le montant de cette contribution ? C'est l'objet des négociations secrètes en cours entre les banquiers et les ministres des Finances des différents États, et entre les banquiers entre eux. Mais il ne pourra s'agir, a-t-il été précisé d'emblée, que de contributions volontaires. Et elles ne pourront constituer, selon l'expression d'un économiste de la Banque mondiale cité par Les Échos, qu'une « force d'appoint » par rapport au plan de soutien de l'Union européenne et du FMI qui « doit être suffisant pour répondre, à lui seul, aux besoins de financement supplémentaires de l'État grec ».

Autrement dit, cette participation des « investisseurs privés » a toutes les chances d'être à la fois symbolique, et d'ailleurs sans risque pour les banques européennes, qui réclament que le peu qu'elles apporteront volontairement soit « sécurisé » par les États. Et que, donc, tout le risque soit assumé par les États, c'est-à-dire par les contribuables.

Gouvernants, politiciens, économistes expliquent qu'il est impossible de demander plus aux créanciers de l'État grec : si celui-ci faisait simplement mine de refuser de rembourser ne serait-ce qu'une toute petite partie de ses dettes, les « marchés » se déchaîneraient, et ce serait la catastrophe. Mais pour beaucoup de populations européennes, en Grèce, au Portugal, en Irlande, etc., c'est déjà la catastrophe.

Les créanciers de l'État grec, les banquiers, assureurs, spéculateurs internationaux et leurs riches actionnaires ont pourtant largement de quoi faire les frais d'une crise qu'ils ont largement contribué à créer. Car si l'État Grec est aujourd'hui surendetté, à qui la faute ?

Pendant des années, parce que les taux d'intérêt étaient plus élevés en Grèce que dans d'autres États européens, les établissements financiers ont prêté, sans trop y regarder, à l'État, aux entreprises, aux particuliers. Selon la Banque des règlements internationaux (BRI), fin 2010, les créances des établissements financiers européens en Grèce s'élevaient à 162 milliards d'euros, dont 52 milliards de créances sur l'État. En prêtant à 5 %, 6 % ou 7 % des sommes qu'ils pouvaient emprunter, eux, à la BCE à 1 % (1, 5 % depuis avril dernier) ils ont réalisé des milliards de profits et versé sans doute des milliards de dividendes à leurs actionnaires. Aujourd'hui, il s'avère que ces prêts comportaient un risque ? Eh bien, que les banquiers le payent, eux qui passent leur temps à expliquer que leur métier, justement, est de prendre des risques. Et il n'y a aucune raison pour que ce soient les citoyens grecs qui assument leurs pertes, si pertes il y a.

Jean-Jacques LAMY