Airbus - Boeing : Complices plus que rivaux29/06/20112011Journal/medias/journalnumero/images/2011/07/une-2239.gif.445x577_q85_box-0%2C18%2C234%2C321_crop_detail.png

Dans les entreprises

Airbus - Boeing : Complices plus que rivaux

Le 49e Salon de l'aéronautique, qui s'est terminé au Bourget le dimanche 26 juin, a multiplié les records de vente, notamment pour les deux grands constructeurs mondiaux : Airbus a « dominé Boeing sur le plan commercial », disent les commentateurs, avec 910 ventes ou promesses de ventes, représentant 88 milliards de dollars, contre 141 pour son concurrent américain, équivalant à 22 milliards de dollars.

Cette « victoire » de l'avionneur européen a relancé les discussions sur le protectionnisme économique. Députés, ministres et journalistes ont polémiqué sur l'attitude que le gouvernement français devait avoir face à la concurrence qui oppose Boeing et Airbus.

Avant le Salon, une pétition signée par près de 150 députés, allant de l'UMP au PC, avait demandé à Air France de « faire le choix naturel et légitime de l'européen Airbus » lors du renouvellement de ses avions long-courriers, qui sont actuellement pour les deux tiers des Boeing. Elle mettait bien sûr en avant l'enjeu que cela représentait pour l'emploi et la recherche. Par ailleurs, certains économistes notent que le libre-échangisme est dépassé, que les États-Unis comme la Chine protègent jalousement leurs industries nationales. « Nous sommes les seuls au monde, disent certains, à appliquer les règles d'un système auquel personne ne croit. »

Que personne n'y croie vraiment, c'est probable, car personne, pas plus les Européens et les Français que les autres, ne respecte et n'a jamais respecté les prétendues règles du libre-échange. Réglementations, certifications, droits de douane, subventions ouvertes ou déguisées, à la recherche, aux économies d'énergie, à la protection de la nature, à l'emploi, etc. : tout est bon dans chaque pays pour aider l'industrie nationale et accessoirement européenne, en fait le patronat qui possède ces entreprises. Et l'on justifie cela au nom du fait que l'on pourrait « produire national » (ou européen), et que c'est ce qu'il faudrait faire.

C'est là qu'il y a une tromperie supplémentaire. Car, même en supposant que les actionnaires et les capitaux des grands groupes soient exclusivement hexagonaux ou européens, ce qui est rarement le cas, leurs fabrications ne le sont jamais. Les composants de l'A350, le long-courrier d'Airbus, viennent pour moitié d'Europe et pour moitié des États-Unis, et pas moins de neuf grandes entreprises françaises, de Thales à Dassault et Michelin, participent à la construction du Boeing B787.

Que les milliers de milliards des commandes aéronautiques tombent plus dans les poches des industriels américains que dans celles des Européens et des Français, ou l'inverse, cela intéresse évidemment les bourgeoisies de ces pays, même s'il y a longtemps qu'elles ont appris à ne pas mettre tous leurs oeufs dans le même panier. Mais les travailleurs auraient tort de croire que l'appui à leur patron « national » peut leur garantir quoi que ce soit. Et s'il existe un intérêt commun, c'est celui des travailleurs d'Europe et d'Amérique, d'Airbus et de Boeing, à se battre pour leurs droits, contre leurs patrons respectifs.

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