Sarkozy-Berlusconi - Échange de mauvais procédés

27 Avril 2011

À l'issue de leur rencontre mardi 26 avril à Rome, Sarkozy et Berlusconi ont tout fait pour montrer que, comme l'a déclaré le premier, « les tensions qui sont apparues il y a quelques jours n'avaient pas lieu d'être ».

Le sommet fut, selon Berlusconi, « très très positif », témoignant des « fortes convergences » entre les deux pays. « L'Italie, pour nous, a même conclu Sarkozy, avec le sens de la nuance qui le caractérise, c'est plus que l'Europe : c'est un pays frère. »

Sur la question de l'accueil des immigrés tunisiens, qui fut à l'origine des tensions entre les gouvernements des deux États évoquées par Sarkozy, et le sujet principal mis en avant pour la rencontre, ils sont tombés d'accord pour réclamer ensemble à Bruxelles des modifications au traité de libre circulation de Schengen. Accord d'autant plus facile sans doute qu'il ne débouche sur rien et risque de ne rien changer à l'attitude respective des deux gouvernements à l'encontre des immigrants tunisiens. Tant il est vrai qu'il ne s'agit, pour les deux compères, confrontés l'un et l'autre à la concurrence de l'extrême droite, que d'adresser un geste en direction de la fraction la plus réactionnaire de leur opinion, sensible à la démagogie anti-immigrés.

Mais la rencontre fut aussi l'occasion pour les deux dirigeants de régler deux litiges apparus récemment entre les deux États.

Déclarant, à l'issue de la rencontre, que les deux pays avaient le « souhait commun » de créer de « grands groupes franco-italiens », Berlusconi a donné ainsi en quelque sorte, sinon sa bénédiction, du moins son accord de principe à l'offre d'achat lancée par le groupe laitier français Lactalis sur le groupe italien Parmalat, offre qui a suscité en Italie une véritable levée de boucliers.

Donnant-donnant, Sarkozy a fait savoir que le gouvernement français - pas fâché au demeurant de s'opposer ainsi à la candidature d'un banquier allemand - soutiendrait le candidat italien à la succession de Jean-Claude Trichet à la présidence de la Banque centrale européenne.

Une belle rencontre en somme, et une série de marchandages pas reluisants entre professionnels du genre. Et encore, on ne connaît que ce qui est public.

Jean-Jacques LAMY