Expulsions des Roms : Le bal des hypocrites

01 Septembre 2010

979 expulsions de Roms roumains et bulgares depuis le 28 juillet, 128 destructions de campements dits illicites, puisqu'installés en dehors d'aires officielles, inexistantes ! Voilà les chiffres dont se gargarise Brice Hortefeux pour s'évertuer à capitaliser les résultats de la campagne, soigneusement orchestrée et entretenue, du gouvernement contre les Roms et, amalgame aidant, les gens du voyage, dont la grande majorité sont français depuis des générations.

Trois membres du gouvernement, pas moins, s'appliquent à traduire en faits le discours menaçant prononcé à Grenoble par Sarkozy. Le ministre de l'Intérieur, celui de l'Immigration, Besson, et le secrétaire d'État aux Affaires européennes, Lellouche - les Roms étant, n'en déplaise à ces messieurs, citoyens européens.

Les deux derniers sont montés au créneau pour faire mine de convaincre la Commission européenne de la légitimité de leur politique ! Pendant ce temps Hortefeux, lui, se montre à l'inauguration d'une aire d'accueil pour familles nomades. Il faut aussi, n'est-ce pas, accréditer l'idée d'expulsions à vocation « humanitaire ». Il s'agirait, selon le ministre de l'Intérieur, de « protéger ces populations », de ne pas « laisser vivre des familles souvent sans accès à l'eau courante », dans des « bidonvilles ». C'est donc pour leur bien qu'on les expulserait... Quelle hypocrisie !

Cela n'empêche pas ces ministres, au même moment, de persister dans leur acharnement en annonçant pour fin septembre une série d'amendements qui devraient « faciliter » les expulsions. Ils estiment ainsi pouvoir « élargir les possibilités de prendre des arrêtés de reconduite à la frontière pour menace à l'ordre public à l'occasion d'actes répétés de vol ou de mendicité agressive » qui constituent « une charge déraisonnable pour notre système d'assistance sociale ». Pour Hortefeux, il s'agit ni plus ni moins de défendre le « droit de propriété » - menacé par qui ? - car, suivez mon regard, « la France n'est pas un terrain vague ».

Le Premier ministre, se joignant discrètement à ce choeur, s'est lui aussi mis à pontifier sur « le mode de vie nomade qui est de moins en moins adapté à la vie d'une société moderne ». Sauf sans doute quand on « nomadise » entre Gstaad, Saint-Barth et Hollywood...

Viviane LAFONT