Travail de nuit - L'exploitation augmente

18 Août 2010

Quatre millions de personnes travaillent la nuit, soit 15 % des salariés en France. Ces chiffres n'ont cessé d'augmenter depuis vingt ans. C'est notamment le cas de ceux qui travaillent la nuit de manière « habituelle » : 3,9 % des salariés en 1998, 7,5 % aujourd'hui - soit presque le double -, auxquels s'ajoutent les travailleurs nocturnes « occasionnels ».

La nocivité du travail de nuit est pourtant connue : augmentation des risques d'accidents, mais aussi de pathologies digestives, d'altération du rythme du sommeil, de troubles nerveux et cardiovasculaires et même de cancer. On connaît aussi les dégâts que causent ces horaires dans la vie familiale et sociale de nombreux travailleurs. Et dès le 19e siècle le mouvement ouvrier revendiqua son interdiction. La Commune de Paris de 1871 prit le temps, pendant sa courte existence, d'abolir le travail de nuit des ouvriers boulangers, appliquant ainsi une revendication de leur syndicat.

140 ans plus tard, la société marche à reculons. On peut certes comprendre la nécessité du travail de nuit dans la santé, ou dans certains services qui nécessitent un contrôle ou une surveillance permanents - à condition d'offrir des conditions de travail correctes et des compensations en temps de repos. Mais la progression du travail de nuit n'a rien à voir avec cela : il s'agit d'abord de la volonté patronale d'amortir au mieux installations et investissements. Ce sont notamment les femmes qui sont les victimes de cette rapacité : en quinze ans, la proportion d'ouvrières parmi les travailleurs de nuit est passée de 2 % à 8 %. Rappelons que le travail de nuit des femmes dans l'industrie, interdit depuis 1892, a été rétabli en décembre 2000 par le gouvernement Jospin et sous l'injonction de la Cour de justice européenne, au nom de l'égalité hommes-femmes !

Dans le système capitaliste, le prétendu libre choix du travail de nuit est un leurre : la plupart des travailleurs de nuit, dans le secteur privé en tout cas, y sont contraints par les bas salaires et la menace du chômage. Il n'est d'ailleurs pas étonnant que, en parallèle à la progression du travail de nuit, le travail en fin de semaine ou en soirée augmente également, fût-ce au mépris de la santé, de la vie familiale et sociale des salariés.

Michel BONDELET