Toyota-Onnaing - Valenciennes : La direction pleure misère... pour justifier l'exploitation

18 Août 2010

« Le premier trimestre a été meilleur qu'attendu », titre l'article sur Toyota dans le journal patronal Les Échos du 5 août, avec des ventes mondiales supérieures de 27 % par rapport aux mêmes trois mois comptables de 2009 (avril à juin). Toyota retrouve ainsi un bénéfice de 1,7 milliard d'euros pour ces trois mois de 2010, alors qu'une perte de 693 millions d'euros avait été comptabilisée pour la même période de 2009.

Pourtant le discours de la direction dans l'usine d'Onnaing, avant les congés d'août, n'avait pas changé. Elle annonçait même un déficit de 35 millions pour ces trois mois comptables et prévoyait 145 millions de perte en un an, perte créée artificiellement par un tour de passe-passe entre filiales (cf : LO du 13 août).

Cette mauvaise conjoncture lui a servi à justifier le licenciement de plus de 600 intérimaires depuis le début de l'année, ainsi que l'augmentation des cadences, la diminution des primes et le quasi-blocage des salaires.

Bien sûr, dans ses communiqués aux actionnaires, la direction de Toyota dit rester prudente sur l'avenir et ne prévoit qu'un bénéfice de 3 milliards d'euros pour l'exercice avril 2010-mars 2011, à cause dit-elle de la faiblesse persistante du marché européen et des incertitudes sur la reprise aux USA... C'est vrai que, dans les années précédentes, les actionnaires avaient été habitués à des bénéfices trois fois plus élevés, de l'ordre de 10 milliards d'euros par an, soit 100 milliards d'euros dans les dix années précédant l'éclatement de la crise de 2008.

Pour Toyota-Onnaing, en 2008, les bénéfices s'élevaient à 82 millions d'euros, soit un bénéfice de plus de 25 000 euros par salarié du site sur l'année - plus de 2 000 euros par mois par salarié -, nettement supérieur au salaire touché par les ouvriers ! Cela n'empêchait pas la direction de refuser toute augmentation conséquente des salaires ainsi que la réduction de cadences qui sont responsables de maladies et d'accidents du travail.

Ces énormes bénéfices soutirés aux salariés par Toyota - comme par tous les grands groupes industriels et financiers - pendant ces trente dernières années ont réduit fortement ce que les travailleurs pouvaient consommer. Ensuite, pour maintenir les profits malgré la crise, Toyota a licencié et réduit les revenus des salariés restants, ne serait-ce que par la réduction des primes, aggravant d'autant la crise, par la baisse du pouvoir d'achat des salariés.

Dans ses communiqués, la direction de Toyota se dit « prudente » sur les profits que peuvent espérer les actionnaires, à cause de la conjoncture difficile. Mais en réalité ce n'est pas de la prudence, c'est de l'irresponsabilité !

Car en continuant à chercher à accumuler le maximum de profits au détriment des salariés, malgré la crise qui continue, malgré le chômage qui s'amplifie à peu près partout dans le monde, les actionnaires et la direction de Toyota contribuent à aggraver encore un peu plus la crise.

Prendre sur les profits accumulés par les actionnaires pour embaucher et augmenter les salaires ne suffirait certes pas à mettre fin à une crise qui est inhérente au système capitaliste. Mais cela permettrait au moins aux travailleurs de vivre un peu mieux.

Claude THIÉRAM