Estrosi et les maires « laxistes » : L'insécurité, la paille et la poutre

18 Août 2010

Dans la foulée du discours de Sarkozy à Grenoble, Christian Estrosi, maire de Nice et aussi ministre de l'Industrie, a de son côté déclenché un tir nourri contre la gauche, accusée d'être laxiste en matière de sécurité. Mais, le PS n'étant pas au gouvernement, il s'en est pris aux élus, aux maires, proposant de « très fortes amendes » contre les municipalités « qui ne respectent pas leurs obligations de sécurité ».

Il s'en est pris nommément à plusieurs maires du PS : « Pourquoi Martine Aubry ne veut-elle pas de caméras de surveillance dans sa ville ? De même le maire de Grenoble ne fait-il rien pour sécuriser sa commune et se plaint-il que tout explose. »

Lui, en tout cas, ne s'étouffe pas avec l'obligation de vérité, car il y a à Lille, où Martine Aubry est maire, 4 000 caméras de surveillance dans le métro, les parkings et autres endroits clos. Et à Grenoble le maire PS, Michel Destot, a déclaré avoir augmenté les effectifs de la police municipale de 41 %, quand depuis 2002 ceux de la police nationale baissaient de 17 %.

Quant à l'insécurité quotidienne, Estrosi sait pertinemment qu'elle ne dépend pas principalement des maires et de leur politique en matière de sécurité, mais plutôt de la dégradation continue des conditions de vie dans les villes et les quartiers les plus populaires.

D'ailleurs, concrètement, le maire PS de Bondy ou celui UMP de Montfermeil ou de Chanteloup-les-Vignes disposent des mêmes moyens de lutte réelle contre l'insécurité, c'est-à-dire d'à peu près aucun. Un reportage de France 2 a même fait état d'une diminution de 0,9 % de la délinquance à Lille entre 2008 et 2009, contre 0,5 % seulement à Nice de 2006 à 2008 !

La vidéo-surveillance est sans doute un argument électoral, mais d'après Laurent Mucchielli, un chercheur au CNRS, elle est de peu d'efficacité : elle permet de repérer à peine 3 % de la délinquance sur la voie publique et d'élucider moins de 2 % des enquêtes policières, pour un coût souvent exorbitant.

L'origine de la délinquance et, partant, les moyens de la réduire sont bien ailleurs. Estrosi sait, par exemple, que la suppression de dizaines de milliers d'enseignants, spécialisés ou non, les surcharges de classes qui en découlent, ont comme conséquence de délaisser et d'abandonner à eux-mêmes nombre d'élèves, de les exclure de la vie scolaire puis de la vie sociale. Cette politique d'abandon des services publics, que Sarkozy et Estrosi mettent en oeuvre, se conjugue avec l'insécurité sociale pour favoriser la délinquance.

L'explosion du chômage, après avoir touché leurs parents dans les années 1980 ou 1990, frappe maintenant de plein fouet les jeunes des quartiers populaires et démolit leur espoir d'une vie décente et ne leur offre qu'un quotidien fait de galère, d'humiliations constantes, de longues périodes de chômage, seulement entrecoupées de « missions », de « contrats », sans même d'espoir d'embauche.

C'est bien sûr ce délitement de la société, et non le laxisme des maires, qui constitue le fumier sur lequel prospèrent l'individualisme le plus crasse, l'appât du gain, le rêve de l'argent vite gagné, ce qui dans les quartiers pauvres ne peut s'obtenir que de façon illégale, par le vol, les trafics minables ou la violence sordide.

Les bourgeois, eux, héritent de sociétés, d'entreprises, des mécaniques bien huilées qui extraient du profit d'une multitude d'hommes et de femmes à statut plus ou moins précaire, dont ils ignorent et méprisent l'existence.

Ils acquièrent des fortunes dont il ne savent que faire et qu'ils confient à des cabinets de conseil fiscaux ou juridiques. Cela, en toute légalité et, s'il faut donner un petit coup de pouce, il se trouvera toujours des Woerth ou des Estrosi pour aider le destin.

Alors, quand Estrosi, ce commis des riches, fait mine, en singeant son patron, de défendre la « sécurité », menacée par le laxisme des maires de gauche, il sait qu'il ment. Les municipalités de gauche comme de droite sont plutôt démunies contre la dégradation de la situation dont la politique du gouvernement au service exclusif des riches est largement responsable. D'ailleurs, même certains élus de droite n'ont pas apprécié, au point qu'Hortefeux n'a pu que désavouer Estrosi.

Christian BERNAC