Autriche - Magouilles et gros magot à l'extrême droite

18 Août 2010

Une série de scandales est en train d'éclairer les liens qui unissent l'extrême droite autrichienne au monde de l'argent. Celle-ci, personnifiée autrefois par le playboy Jörg Haider, mort en 2008 au volant de sa voiture de fonction alors qu'il roulait vers 3 heures du matin à 140 km/h dans un village, avec quatre fois le taux d'alcoolémie autorisé, montre bien qu'à l'extrême droite, comme dans les autres tendances politiques de la bourgeoisie, on manie sans aucune limite le mensonge et l'hypocrisie.

Haider, qui s'était fait une réputation de défenseur des petits contre les gros et de pourfendeur de la corruption, dissimulait en réalité plusieurs comptes dans une banque du Liechtenstein, dont les montants ont pu avoisiner les 45 millions d'euros. Bien sûr, ces sommes n'ont jamais été déclarées.

C'est en enquêtant sur les conditions douteuses du rachat de la banque HGAA par la Bayern LB en 2007, et sur la privatisation de la société immobilière Buwog en 2004, que les enquêteurs sont tombés sur ces comptes dissimulés. La banque appartenait au Land de Carinthie, dont Haider était le président, et les 60 000 logements de la Buwog ont été privatisés par le ministre des Finances d'extrême droite Grasser. Haider et le ministre sont soupçonnés d'avoir reçu des commissions en échange de prix nettement en dessous de leurs valeurs réelles.

Les carnets d'un principal collaborateur, saisis lors de l'enquête, ont révélé que Haider, jamais avare de déclarations racistes, recevait de l'argent aussi bien de Saddam Hussein que de Kadhafi. Mais ses autres mécènes et amis étaient surtout Gernot Langes, patron des cristaux Swarovski, Gaston Glock, un fabricant d'armes, Thomas Prinzhorn, patron du géant mondial du papier Hamburger, ou encore la famille Turnauer, à la tête d'une ancienne banque d'affaires, Constantia Privatbank. Pas vraiment des gens ordinaires, mais de vrais grands bourgeois autrichiens.

Un malheur ne venant jamais seul, la presse autrichienne vient de révéler qu'une agence de publicité, Orange, appartenant au parti de Haider, le BZÖ, a reçu en 2006, au moment où l'extrême droite et la droite étaient ensemble au gouvernement, la somme de 300 000 euros pour une étude de... dix pages de la part de la loterie autrichienne. Le hic, c'est qu'à ce moment-là un amendement prévoyait de faire perdre à la loterie son monopole, et qu'il a justement été supprimé sur proposition de ce même gouvernement... De même la Strabag, une société de construction qui postulait à un appel d'offres pour la construction d'une autoroute, a versé à Orange la somme de 240 000 euros. Le ministre des Transports n'était autre que Hubert Gorbach, un dirigeant du BZÖ !

L'extrême droite autrichienne, comme les autres partis soi-disant respectables, est liée par mille liens à la bourgeoisie du pays, à ses affaires légales ou occultes. Son fonds de commerce est le racisme, le mépris contre les minorités des Balkans voisins, nombreuses en Autriche comme par exemple les Slovènes en Carinthie, son populisme et son anticommunisme primaire. Loin de défendre les petits contre les puissants, elle défend bien au contraire une politique antiouvrière des plus arrogantes et des plus hypocrites !

Éric TOLIAN