Altis - Corbeil-Essonnes : Pas question de se laisser licencier !

18 Août 2010

À en croire le gouvernement, et le ministre Estrosi, l'usine Altis de Corbeil-Essonnes qui fabrique des semi-conducteurs serait enfin sauvée. Estrosi et Serge Dassault, l'avionneur milliardaire ex-maire de Corbeil et sénateur, ont sorti un nouveau lièvre de leur pochette surprise : il s'appelle Yazid Sabeg, commissaire à la Diversité et à l'Égalité des chances et également patron. Celui-ci a racheté l'usine, dont le prix est estimé à 200 millions d'euros, à ses anciens propriétaires IBM et Infineon (Siemens). Mais en réalité le racheteur potentiel n'apporte pratiquement rien : son plan de financement est incomplet et repose sur des prêts, des financements publics espérés.

Ces deux grandes multinationales, américaine et allemande, étaient les principaux actionnaires et clients d'Altis avant de se retirer, car l'usine était jugée trop peu rentable. Pourtant Altis n'a cessé d'empocher des millions d'euros de subventions du département, de la région, du gouvernement et même des autorités européennes, tout en multipliant les plans sociaux, licenciant les salariés par centaines. L'usine a compté jusqu'à 5 000 salariés, un effectif réduit aujourd'hui à 1 300.

Depuis trois ans, les ouvriers d'Altis sont dans l'incertitude d'un repreneur. La direction leur fait régulièrement du chantage pour accroître la production et leur demander des sacrifices, tandis que les politiciens de droite locaux en font, eux, à leurs électeurs : « Si vous votez pour moi, je sauve l'entreprise ! », disent-ils en substance. Depuis trois ans, de temps à un autre, Dassault sort un homme providentiel de son chapeau (ou de son portefeuille ?). Un temps, il y a eu un investisseur international du Moyen-Orient, vendeur d'armes également, dont on ne savait pas trop s'il s'agissait d'un repreneur ou d'un escroc, qui a finalement fait faux bond. Puis, pendant plusieurs mois, le repreneur était un conglomérat russe, Sistema, dont certains prétendaient qu'il sentait le soufre et d'autres qu'il n'existait que sur le papier. Il s'est désisté récemment.

Voilà maintenant Yazid Sabeg, qui d'après Le Canard enchaîné a été imposé par le gouvernement grâce aux relations de Dassault et qui a bénéficié d'un montage financier plus que douteux, bénéficiant de fonds publics.

Mais le prétendu plan de reprise ne sauverait pas grand-chose puisqu'il prévoit plus de 400 licenciements. Et ce patron, sans doute copain de Sarkozy, ressemble fort à tous les margoulins qui se précipitent sur les entreprises en difficulté, qu'ils rachètent avec de l'argent public et qui vident la trésorerie de l'usine avant de la liquider.

Reste à savoir si les salariés d'Altis se laisseront faire !

Correspondant local