Air France - Bamako (Mali) Grève illimitée du personnel « Contre les injustices et l'esclavage »

18 Août 2010

L'ensemble du personnel local d'Air France à Bamako, capitale du Mali, est en grève illimitée depuis le 10 août. Les grévistes réclament une revalorisation de leurs salaires, en particulier qu'ils soient alignés sur ceux qu'Air France applique à Dakar, au Sénégal. En effet, à Dakar, où Air France emploie 144 agents, le point de la grille indiciaire est fixé à 1 030, contre 970 pour les 30 employés de la compagnie à Bamako.

Les grévistes réclament aussi « la révision de leur prime de panier de 1 500 francs CFA (2,20 euros) à 4 000 FCFA (plus de 6 euros) et l'alignement de la prime locale annuelle de 90 000 FCFA (137 euros) à 400 000 FCFA (près de 610 euros) ». Ils demandent aussi une indemnité de départ en retraite de un million de FCFA, comme celle qui est payée à Dakar, alors qu'à Bamako, jusqu'à maintenant, ils n'y ont pas droit.

À cette occasion, la direction d'Air France s'est montrée sous son jour le plus crû : méprisante, exploiteuse, n'hésitant pas à violer la loi pour briser une grève.

Elle s'est ainsi permis de dire que cette grève était injustifiée sous prétexte, selon elle, que le niveau de salaire de ses employés locaux serait le plus élevé du secteur au Mali. Elle a aussi reproché aux grévistes de prendre Dakar comme référence. Comme si, héritage de la colonisation, les salaires n'étaient pas payés dans la même monnaie, le franc CFA, au Sénégal, au Mali et dans d'autres pays de l'Ouest africain ! Évidemment, cela permet de se rendre compte plus facilement que, faisant faire le même travail partout, non seulement la compagnie le paie bien moins au Sénégal qu'en France, mais moins encore au Mali ! Pas étonnant, dans ces conditions, que les grévistes aient tendu une banderole « Grève - Non à la discrimination » devant les locaux d'Air France-KLM à Bamako.

Surprise - elle croyait peut-être que sa politique scandaleuse ne serait pas remise en cause - la direction d'Air France a essayé de s'en tirer à bon compte avec une augmentation de 10 % de la prime de panier et de la prime annuelle (+ 0,22 euro par jour et + 13,5 euros par an !), une proposition dérisoire rejetée par les grévistes.

Se croyant peut-être encore au temps des colonies, en tout cas s'appuyant sur le monopole de fait dont elle dispose sur les liaisons aériennes de près de la moitié du continent africain, la direction d'Air France, tout en se présentant sans rire comme pratiquant « un dialogue social serein, loyal, constructif et respectant le cadre légal »... s'assoit ouvertement sur le code du travail. Ainsi, elle ne s'est même pas gênée pour annoncer, devant des officiels maliens, qu'elle avait fait débarquer à Bamako des agents venus de Paris pour remplacer les grévistes.

Malgré cela, les vols de la compagnie sont perturbés ou retardés. Et les grévistes, qui ont affiché sur la devanture des locaux : « Personnel d'Air France en colère contre les injustices et l'esclavage », sont bien décidés à obtenir satisfaction.

Correspondant LO