Loi interdisant le port de la burqa : L'hypocrisie du gouvernement

07 Juillet 2010

Comment ne pas être révolté quand on croise dans la rue une femme enfermée dans sa burqa ? Ce costume fait mal. Mais aussi comment ne pas penser et dire que d'autres femmes arborent encore aujourd'hui le même genre de vêtement destiné à cacher leurs cheveux, leur corps ? Il y a aussi une partie des religieuses de la très catholique Église. Il y a aussi toutes celles qui sont victimes des monstrueux préjugés que véhiculent les appareils religieux réactionnaires que se réclament d'Allah ou de Jésus-Christ. Eh bien, les femmes qui pour tant de raisons différentes font de leur vêtement le linceul de leur liberté et de leur droit à l'égalité méritent autre chose que des amendes de la part d'une société qui, même dans les pays occidentaux, est loin d'avoir reconnu dans les faits l'égalité des femmes et des hommes.

La loi que s'apprête à faire voter le gouvernement est une hypocrisie. Ses partisans parlent du danger que représenterait le fait que le visage soit masqué. C'est une fausse barbe. Le vrai problème que posent ces femmes, ce sont les préjugés réactionnaires qu'elles contribuent à enraciner dans leur famille, leur quartier. C'est leur soumission à la loi des plus intégristes des religieux. Que leur accoutrement soit le résultat d'un choix plutôt que d'une contrainte n'y change rien. Et le problème essentiel c'est d'aider toutes celles qui refusent les pressions et veulent vivre librement.

Bien sûr on pourrait penser qu'une loi interdisant la burqa serait un point d'appui pour aider les femmes et les jeunes filles à résister aux pressions des familles et des courants islamistes qui font de la religion un instrument politique visant à renforcer leur poids dans leur entourage, leur quartier. On sait que la loi interdisant l'excision ou encore le port du voile à l'école, celle autorisant la contraception ou l'avortement ont aidé des jeunes femmes de différentes origines et de différentes religions à s'émanciper d'interdits inhumains ou de pratiques d'un autre âge. Mais le contexte actuel, les aspects sécuritaires affichés par le gouvernement vont dans un sens opposé à celui d'une émancipation des populations soumises aux pressions des appareils religieux réactionnaires qui font de la soumission des femmes un dogme.

Alors la loi de Sarkozy, d'Hortefeux ou de leurs pairs n'est pas une loi émancipatrice pour les femmes les plus opprimées. Et si nous faisons nôtre le combat contre le port de la burqa ou contre le port du voile que mènent des femmes jeunes ou moins jeunes, originaires de pays où la religion musulmane est dominante, nous ne mêlons pas nos voix à celles de dirigeants politiques dont les objectifs ne sont pas l'émancipation des femmes, mais une politique de concessions vis-à-vis de préjugés sécuritaires et antimusulmans.

Henriette MAUTHEY