Salaires et retraites des politiciens : Comment la bourgeoisie s'attache ses serviteurs

18 Juin 2010

Le cumul des emplois et retraites de Christine Boutin a mis sur le devant de la scène les retraites des parlementaires, et plus généralement les revenus des hommes politiques liés à leur fonction.

Chacun fait mine de découvrir que députés et sénateurs bénéficient d'un régime (très) spécial qui peut leur rapporter gros, et cela s'agite, y compris dans les rangs de la majorité, pour dire qu'il faudrait le réformer, tout comme la loi qui permet de cumuler retraite et fonction exécutive. Vingt-cinq ministres seraient dans cette situation.

Il est vrai que tous les gouvernements qui se sont attaqués aux régimes « spéciaux » des travailleurs lorsqu'ils les avantageaient un peu, ont été beaucoup plus laxistes vis-à-vis de ceux des politiciens. Les députés par exemple peuvent cotiser double pendant quinze ans, puis une fois et demie les cinq années suivantes, pour toucher une retraite à taux plein de plus de 6 000 euros au bout de 22,5 ans. Après un seul mandat, à partir de 60 ans, un député reçoit 1 500 euros net de pension et un sénateur 1 932 euros. Cet avantage s'expliquerait par la « précarité de l'emploi » ! Tous les travailleurs précaires, qui alternent CDD et périodes de chômage, aimeraient bien être assurés de toucher cette somme-là pour leurs vieux jours !

Bernard Accoyer, le président UMP de l'Assemblée, a par conséquent annoncé la mise en place d'un groupe de travail qui va plancher sur les retraites des députés, tandis que le Premier ministre a déclaré de son côté qu'il allait travailler sur une « doctrine uniforme » en ce qui concerne le cumul des rémunérations. Mais il y a peu de risques qu'ils soient réduits à la portion congrue car, comme le souligne l'ancien ministre de l'Économie et des Finances Jean Arthuis : « Les acteurs politiques doivent être indépendants et leur indépendance est liée aux moyens que l'on met à leur disposition. Il ne s'agit pas de les surpayer, mais de veiller à ce qu'ils ne soient pas tentés de trouver des compléments de rémunération ailleurs ».

Pour justifier leurs rémunérations, les ministres avancent souvent que, s'ils travaillaient dans le privé, ils gagneraient bien plus, ce qui est indéniable pour beaucoup d'entre eux. Mais la bourgeoisie n'a pas seulement besoin de cadres supérieurs dans ses entreprises, elle a aussi besoin aux postes de commande de l'appareil d'État de serviteurs qui lui soient dévoués. Le mieux est donc d'y placer des hommes qui appartiennent à son monde, ou à défaut des arrivistes dont la seule aspiration est de leur ressembler. Pour cela, il faut leur garantir des revenus plus que confortables et un train de vie similaire à celui qu'ils auraient s'ils étaient restés dans les affaires. Et comme l'argent est la principale référence morale de la bourgeoisie, elle s'attache par ce moyen des politiciens dont l'intérêt qu'ils portent au bien commun ne va pas au-delà de leurs discours de campagne électorale.

Tout cela juge non seulement ces hommes, mais tout le système politique, à l'image de la classe dont il défend les intérêts, la bourgeoisie. La classe ouvrière, elle, si elle exerce le pouvoir, n'aura évidemment pas besoin de cela. La Commune de Paris de 1871 et la Révolution russe ont montré qu'elle pouvait trouver en son sein des femmes et des hommes sachant consacrer leurs forces à la défense des intérêts de l'humanité, sans éprouver le besoin de s'assurer les avantages financiers dont les politiciens bourgeois sont si friands.

Marianne LAMIRAL