Rencontre Sarkozy Merkel - Tapis rouge et sourires vides

18 Juin 2010

Sarkozy et Merkel se sont rencontrés lundi 14 juin à Berlin. Après l'épisode du rendez-vous manqué du 7 juin entre les deux dirigeants européens, il s'agissait d'accorder leurs violons et d'afficher une attitude commune face à la crise financière en général et à celle de l'euro en particulier. C'est du moins ce que prétendaient leurs services de presse respectifs et ce qu'ils ont affirmé au sortir de leur conversation.

Tout petits violons, pour un tout petit accord : le président et la chancelière se sont entendus pour être « pragmatiques », ce qui veut dire réagir au coup par coup, et à réunir les chefs d'État européens si le besoin s'en faisait sentir. À voir le plaisir renouvelé de prononcer le mot « pragmatique » chaque fois qu'un micro est ouvert, cela ne valait-il pas le coup de se déplacer pour ça ?

Ils ont aussi envoyé une lettre au Premier ministre canadien, prochain organisateur du G20, la réunion des vingt pays qui comptent le plus dans le monde, pour le prévenir qu'ils viendraient y défendre l'idée d'une taxe bancaire internationale. Le contenu de cette taxe, évoquée depuis des mois, est tellement vague et tellement lointain, son application tellement improbable que les grands groupes financiers ne se donnent même pas la peine de la combattre.

Mais il fallait bien quand même dire quelque chose de nouveau et les deux compères ont donc proposé que les pays « laxistes » en matière de finances publiques se voient retirer leur droit de vote au sein de l'Europe. Étant bien entendu que ce sont l'Allemagne et la France qui disent qui est laxiste et qui ne l'est pas : la Grèce par exemple qui subit le joug des banques françaises est « laxiste », la France qui vide les caisses publiques dans celles de ces mêmes banques ne l'est pas...

Cette suppression de droit de vote n'est qu'un geste de pure démagogie de Sarkozy et Merkel vis-à-vis de leurs clientèles électorales. Il n'a pas de réelle portée tant ce sont les décisions et les besoins des grands groupes capitalistes qui dictent les attitudes des différents gouvernements mais il montre, s'il en était besoin, ce qu'est réellement l'Union européenne : un marché et une monnaie qui sont d'abord un instrument de domination des pays les plus riches. Ou plus exactement des groupes capitalistes de ces pays, les Sarkozy et les Merkel n'étant là que pour s'occuper d'intendance, et encore.

Paul GALOIS