Polynésie française - Grève contre les conséquences de la crise

18 Juin 2010

Depuis le 10 juin, la Polynésie française, et en particulier Tahiti, est touchée par une grève appelée par un collectif de onze syndicats.

Le mouvement est lié à la dégradation des conditions d'existence de la population, et les grévistes réclament la « fin des licenciements économiques » et « la création d'une caisse de chômage », qui n'existe pas en Polynésie alors que le chômage fait des ravages. En effet, 9 000 emplois ont été supprimés entre 2008 et 2009 en raison de la crise mondiale, alors que le taux de chômage est déjà estimé à près de 20 % de la population. Le quart des 250 000 habitants des îles vit en dessous du seuil de pauvreté. On est bien loin des images d'Épinal d'îles paradisiaques, du moins pour les familles populaires.

Les grévistes exigent de plus que l'État français rembourse près de 200 millions d'euros de dépenses que la Sécurité sociale locale a engagés ces dernières années à cause des cancers liés aux essais atomiques de Mururoa et Fangataufa. En effet, la grève vient rappeler que l'État français a été et reste pour la Polynésie une puissance coloniale qui a imposé jusque dans les années 1990 les essais nucléaires, entraînant des dégâts pour la nature et provoquant des cancers dans la population. Et même si depuis 2004, de Territoire d'Outre-mer la Polynésie française est devenue Pays d'Outre-mer, la centaine d'îles qui constituent la Polynésie française restent sous la domination de l'État français

D'ailleurs, pour mettre un terme à la paralysie de l'aéroport de Papeete, c'est le représentant de l'État français qui a donné un ordre de réquisition aux dix pompiers qui y assurent la sécurité. Mais ces derniers ont refusé de céder aux injonctions, ce qui a empêché les vols de reprendre. Dans la zone portuaire, l'activité de débarquement des conteneurs a aussi cessé, coupant les îles polynésiennes des approvisionnements extérieurs.

Les quelques échos donnés de la grève par la presse en France ont surtout insisté sur le sort des touristes bloqués à Tahiti ou ne pouvant rejoindre l'île, et bien sûr pas sur la démonstration de la force que les travailleurs ont en main : s'ils cessent le travail, plus rien ne peut fonctionner, en Polynésie française comme ailleurs. Et cette force, ils doivent plus que jamais l'utiliser.

Boris SAVIN