Pays-Bas : Au-delà des élections, l'austérité18/06/20102010Journal/medias/journalnumero/images/2010/06/une2185.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Pays-Bas : Au-delà des élections, l'austérité

À la suite de la démission, le 20 février, du gouvernement de Jan Peter Balkenende, des élections législatives anticipées ont eu lieu le 9 juin aux Pays-Bas. Ce qui a conduit à la fin de la coalition des chrétiens-démocrates du CDA, des protestants conservateurs de CU et des sociaux-démocrates du PvdA, qui gouvernaient ensemble depuis trois ans, c'est un désaccord sur le maintien, au-delà du mois d'août, de troupes néerlandaises en Afghanistan.

C'est l'opposition croissante de la population à cette intervention militaire qui a amené le PvdA à prendre ses distances avec cette politique, en espérant ainsi redorer son blason à bon compte. Mais, sur le plan social, il a mené en commun avec la droite une politique ouvertement tournée contre le monde du travail. Le gouvernement sortant a en effet décidé de réduire les dépenses publiques de 20 % à partir de 2011, ce qui représentera une coupe claire dans le budget des services publics, et de porter l'âge de la retraite de 65 à 67 ans d'ici à 2025. Des attaques qui ont lieu alors que le chômage a augmenté en l'espace de deux ans, passant de 3,9 % en 2008 à près de 6 % en mai 2010.

Dans ce contexte de rejet des politiciens sortants et d'angoisse devant ce que réserve l'avenir, le scrutin du 9 juin s'est traduit par une poussée à droite, vers les formations exprimant les positions les plus réactionnaires, tandis que les principaux partis de gauche, dont le PvdA, ont reculé. Le CDA paie le prix de son usure au pouvoir et s'effondre, de 26,5 % à 13,6 % des suffrages. En revanche, le parti de la droite libérale VVD, qui a fait campagne pour une austérité budgétaire accrue et réclamé en particulier que les photos des criminels recherchés soient publiées partout, sur Internet, sur les téléphones portables, dans les publicités TV, etc., devient le premier parti du pays avec 20,5 % des voix, contre 14,7 % en 2006. Parallèlement, le PVV (Parti de la liberté, extrême droite) de Geert Wilders - qui doit passer en jugement d'ici quelques semaines pour incitation à la haine raciale - progresse aussi fortement, de 5,9 % à 15,5 %, après avoir multiplié les déclarations ultra-sécuritaires et xénophobes, tout en se prononçant démagogiquement contre la hausse de 65 à 67 ans de l'âge de la retraite.

Cela fait maintenant une dizaine d'années que l'extrême droite est représentée au Parlement et pèse sur la vie politique, puisque pratiquement tous les grands partis ont repris, sous une forme ou sous une autre, les mêmes antiennes sécuritaires et anti-immigrés. Et cela dans un pays où le taux de criminalité est un des plus faibles d'Europe et où la Justice a décidé, en 2009, de fermer huit prisons... faute de délinquants à incarcérer !

Aucune majorité ne s'étant dégagée des urnes, toutes les combinaisons politiciennes sont possibles. Le VVD gouvernera-t-il avec le CDA et l'extrême droite ? Ou optera-t-il pour une coalition dite « violette », c'est-à-dire allant des libéraux aux sociaux-démocrates en passant par la Gauche Verte, un petit parti issu en 1989 de la fusion entre les Verts et l'ancien Parti Communiste qui s'était alors sabordé ? Dans tous les cas, ce sera un gouvernement qui accentuera le programme d'austérité décidé par celui qui l'a précédé, puisque le VVD a promis une forte baisse du nombre de fonctionnaires, une réduction des dépenses de santé, etc. Une seule inconnue n'est pas prise en compte par tous ceux qui grenouillent autour de la mangeoire gouvernementale : les travailleurs accepteront-ils tout cela sans réagir ?

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