Lycée Henri-Wallon - Une dégradation continue

18 Juin 2010

La cité scolaire Henri Wallon d'Aubervilliers connaît une lente et inexorable dégradation des conditions d'enseignement. Les élèves sont plus durs, comme est aussi plus dure la société dans laquelle ils vivent. L'école n'est pas ce havre de paix, coupé du monde, où il fait bon étudier.

Les élèves des quartiers populaires ne laissent pas leurs problèmes derrière eux une fois le portail du lycée franchi. Ils entrent en cours avec. Tous les jours leurs familles, et donc eux-mêmes, subissent de plein fouet la crise et la violence sociale qui l'accompagne : le travail précaire, les bas salaires, les licenciements abusifs, les expulsions pour loyers impayés, les coupures de gaz et d'électricité, le manque d'argent pour finir le mois, la queue aux Restos du coeur, les injustices mais aussi les brimades, les vexations à cause de la couleur de leur peau ou de leur origine sociale ou nationale. Sans parler de la peur quotidienne pour tous les enfants sans papiers qui vivent à Aubervilliers et viennent à l'école avec la crainte de se faire arrêter par la police. Cette violence sociale pénètre partout et fait que certains jeunes dérapent, bien souvent pour pas grand-chose.

À cela s'ajoutent les réseaux mafieux, les petits malfrats de l'économie souterraine, parallèle, illégale, qui vivent de petits ou grands trafics et sont considérés par quelques adolescents comme ceux qui ont « réussi ».

Mais de nombreux autres élèves cherchent à élargir leur horizon, à enrichir leur culture, à éveiller leur sens critique.

Le 29 mai dernier, les élèves du lycée ont présenté sous un chapiteau de 400 places des projets culturels réalisés dans l'année : exposition d'art plastique, réalisation cinématographique, lectures autobiographiques des membres de leurs familles dont certaines étaient très émouvantes, musique classique, initiation à l'histoire de l'évolution et au darwinisme réalisée par les élèves eux-mêmes, commentaires d'oeuvres d'art...

C'est dire qu'existe un goût pour la culture, des qualités et des dispositions intellectuelles qui ne demandent qu'à s'épanouir. Elles pourraient le faire encore plus largement si les gouvernants, au lieu de mépriser la jeunesse des milieux populaires en réduisant les moyens mis à sa disposition, lui donnaient les possibilités de réussir.

Ce sont ces gouvernants les responsables de la dégradation des conditions de travail et d'enseignement, eux qui organisent le plus grand plan de licenciements du pays, en voulant supprimer près de 80 000 postes dans l'Éducation nationale d'ici 2012. Il y a quelques années, 50 000 personnes étaient chargées de la surveillance dans les collèges et lycées, il en reste à peine 24 000 aujourd'hui. C'est d'ailleurs contre cette politique de régression que les enseignants de Seine-Saint-Denis se sont mobilisés en février et mars derniers.

Et beaucoup savent qu'il faudra bien recommencer pour améliorer leurs conditions de travail et la qualité de l'enseignement qu'ils fournissent aux élèves.

Correspondant LO