L'INSEE et le pouvoir d'achat : Des statistiques bien loin de la réalité

18 Juin 2010

À la lecture de leur quotidien habituel, bien des familles ont dû être étonnées d'apprendre que le pouvoir d'achat des ménages français aurait progressé en 2009, gagnant 1,6 % en un an, grâce au recul de l'inflation. C'est du moins ce qu'affirme la dernière étude de l'INSEE.

En fait, il y a un monde entre les modes de calcul de l'Insee et ce que la population constate au quotidien. Ainsi, le poste du chauffage et de l'éclairage aurait baissé... sauf sur les factures de gaz et d'électricité. Toujours selon l'Insee, les prix des produits alimentaires auraient également baissé, atteignant même 5 % sur « les poissons et crustacés » ; on se demande bien chez quel poissonnier ? De même, à qui fera-t-on croire que l'augmentation des primes d'assurance et de mutuelle, que l'augmentation des forfaits et les déremboursements de médicaments n'ont pas d'impact ?

Par ailleurs, ces données statistiques ne tiennent absolument pas compte du fait que tout le monde n'est pas logé à la même enseigne, que l'augmentation du chômage et de la précarité frappe plus lourdement le niveau de vie des classes populaires. De même, il est évident que les augmentations des prix de l'essence ou du gaz n'ont pas le même impact sur le niveau de vie d'une famille ouvrière ou celui d'une famille de cadres supérieurs ou encore de grands bourgeois.

L'Insee note également et avec une certaine satisfaction que la consommation a résisté malgré la récession record enregistrée l'an dernier. Il faut dire que certains dispositifs gouvernementaux de soutien à l'industrie ont dopé les ventes. Grâce à la « prime à la casse », les achats de voitures par exemple, qui avaient reculé de 6,9 % en 2008, ont progressé de 8,3 %, et même de 18 % pour les véhicules neufs en 2009. Mais cela n'est qu'un moyen artificiel de faire fonctionner l'économie, et nullement un signe de bonne santé.

Au-delà des statistiques, une réalité demeure : la régression du niveau de vie des classes populaires s'accélère du fait de la flambée du chômage, du travail précaire et du blocage des salaires. Et ce n'est encore rien par rapport à ce que le gouvernement nous réserve avec la remise en cause des régimes de retraite, et plus généralement avec la facture de la dette qu'il s'apprête à faire payer aux catégories les plus pauvres par des prélèvements supplémentaires, et une régression des prestations sociales.

Roger MEYNIER