Israël - Une commission d'enquête-farce

18 Juin 2010

Le gouvernement israélien a finalement annoncé la création d'une « commission publique indépendante » censée enquêter sur l'assaut meurtrier lancé le 31 mai contre la flottille humanitaire qui se dirigeait vers Gaza.

La demande de commission internationale, rejetée par Netanyahou et ses ministres, a abouti à ce simulacre que Washington pourtant s'est empressé de qualifier de « grand pas en avant ». Le « grand pas en avant » en question est présidé par un juge retraité de la Cour suprême israélienne, que le quotidien Haaretz, peu favorable à Netanyahou, a épinglé sur ses déclarations contradictoires et incohérentes sur sa mission. Il est flanqué de deux « observateurs étrangers », dont l'un est un ancien avocat général dans l'armée canadienne et l'autre un ancien chef du réactionnaire Parti unioniste d'Irlande du Nord. Tous deux, au demeurant, n'auront en tant qu'« observateurs » pas même le droit de voter sur les travaux et les conclusions de la commission.

Selon le communiqué gouvernemental, ses membres sont censés vérifier si l'arraisonnement du 31 mai, qui a causé la mort de neuf passagers, a respecté la législation internationale, mais aussi se pencher sur la validité du blocus que, prétendument pour des raisons sécuritaires, Israël continue d'imposer à la population de Gaza. Enfin, ils devront examiner « les actions des organisateurs et des participants de la flottille, et établir leurs identités ».

Autrement dit, outre ces besognes de basse police, la commission dite « indépendante » a pour but explicite de légitimer a posteriori l'assaut meurtrier des commandos israéliens et le blocus.

Mais, comme on ne saurait être trop prudent, l'état-major de l'armée israélienne, qui n'est sans doute pas innocent dans la décision d'arraisonnement et les méthodes du commando, a d'ores et déjà entamé sa propre enquête.

Et pour couronner le tout, le contrôleur de l'État d'Israël, qui supervise les institutions publiques, a annoncé le 15 juin dans une lettre à la Knesset, le Parlement israélien, qu'il entamerait sa propre enquête, sans empiéter sur les deux précédentes.

De la « commission light », selon les termes du quotidien populaire Yediot Aharonot, qui « s'apparente à une farce », selon Haaretz, à ce « contrôleur d'État », en passant par l'armée, on peine à deviner qui sera le plus hypocrite vis-à-vis de ce nouvel épisode de la guerre permanente qu'Israël mène, avec la complicité de toutes les grandes puissances, au peuple palestinien.

Viviane LAFONT