Électricité : Hausses programmées

18 Juin 2010

Une loi sur la « nouvelle organisation du marché de l'électricité » va obliger EDF à revendre à ses concurrents jusqu'au quart de la production d'électricité de ses centrales nucléaires pendant quinze ans, et cela en leur accordant une marge suffisante pour qu'ils puissent ensuite la concurrencer.

Depuis l'ouverture du marché de l'électricité à la concurrence, le 1er juillet 2007, les consommateurs ont la possibilité de choisir parmi une dizaine de fournisseurs d'électricité. Mais en réalité seule une petite minorité l'a fait. Trois ans après, 95 % des consommateurs se fournissent toujours chez EDF. C'est que ses concurrents sont de simples intermédiaires et, faute de pouvoir se fournir en électricité d'origine nucléaire, moins chère, ils ne peuvent pas faire de propositions vraiment attrayantes. D'où la loi en cours d'examen au Parlement.

Le prix auquel cette électricité nucléaire sera revendue n'est pas encore connu. Pour le patron d'EDF, en dessous de 42 euros du mégawatt-heure, « cela ressemblerait à du pillage ». Les PDG des entreprises concurrentes, eux, réclament de ne pas payer plus de 35 euros, « pour être compétitifs ». C'est le gouvernement qui décidera par décret de ce prix, sur proposition de la Commission de régulation de l'énergie. Quant aux consommateurs, ils seront perdants dans tous les cas. Car, pour permettre aux concurrents d'EDF d'élargir leur marché, il faudra de toute façon augmenter les prix.

Ainsi, d'après un document de la Commission de régulation de l'énergie, dans le meilleur des cas, c'est-à-dire si c'était sa proposition de prix de vente de l'électricité nucléaire (37,2 euros le kWh) qui était retenue, le tarif de l'électricité pour les consommateurs augmenterait de 7,1 % une fois la réforme votée, puis de 3,1 % par an entre 2011 et 2025. C'est cela qui serait vraiment du pillage !

D'autant qu'un autre projet du gouvernement va se traduire, lui aussi, par une augmentation de la facture. Borloo, qui est aussi ministre de l'Énergie, a en effet annoncé le remplacement d'ici à 2020 de 80 % des compteurs électriques, quel que soit leur état et leur ancienneté, par de nouveaux compteurs. Ce sont les usagers qui paieraient : d'après un calcul du Parisien, la facture pourrait atteindre 230 euros par abonné. Il faut dire que ces compteurs seront équipés d'un ordinateur et devraient permettre, nous dit-on, de « consommer intelligemment, en agissant sur différents paramètres suivant les saisons, la météo, la température ou l'occupation de la maison », et donc, selon le ministre, permettre des « gains substantiels d'économies d'énergie ».

Ce que le ministre ne dit pas, c'est que ces « compteurs intelligents », qui peuvent être relevés à distance, permettraient aussi et surtout des économies de personnel : actuellement, environ 5 000 agents sont chargés de relever les compteurs.

Jean-Jacques LAMY