Belgique - La démagogie communautaire pour ne pas parler du reste

18 Juin 2010

Les résultats des élections fédérales du dimanche 13 juin en Belgique ont été très contrastés entre le Sud et le Nord du pays. En Wallonie, le Parti Socialiste a retrouvé sa suprématie, alors qu'en Flandre la NVA (Nouvelle alliance flamande), de droite, nationaliste et populiste, est passée largement en tête, en prenant des voix à tous les anciens partis. La Belgique est-elle pour autant au bord de la scission, comme bien des médias avides de sensationnel le laissent entendre ?

Une très large majorité de la population belge n'est pas pour l'éclatement du pays et beaucoup sont conscients que ce sont les politiciens qui font monter la pression communautaire, en exploitant les problèmes linguistiques. Car c'est un moyen commode d'éviter de parler des vrais problèmes. Beaucoup de Flamands - y compris ceux qui ne sont en rien nationalistes - sont choqués que bien des francophones habitant en Flandre ne parlent et ne veuillent pas parler un minimum de flamand. Même s'ils ne sont qu'une minorité parmi les francophones de Flandre, ce sont ceux-là que les médias ont mis en avant... pour les besoins de la propagande, aussi bien en Flandre qu'en Wallonie ! Du côté wallon, des préjugés grandissent contre les Flamands, « tous racistes » et « qui veulent la fin de la Belgique ». D'autant plus que les deux parties de la population ont de moins en moins d'occasions de contact. Quant à l'apprentissage de l'autre langue à l'école, au Nord comme au Sud, il est saboté par le manque d'enseignants.

Ces dernières années, l'offensive de l'extrême droite nationaliste flamande, et maintenant de la NVA, a été soutenue par le patronat flamand et ses organisations. Les patrons n'ont que faire de la scission de la circonscription Bruxelles-Hal-Vilvorde (BHV), mais ils sont intéressés au plus haut point par les scissions de la Sécurité sociale et des impôts. La meilleure santé financière de la Flandre permettrait la diminution des cotisations sociales patronales et la baisse des impôts... pour augmenter d'autant leurs profits.

De son côté, l'organisation patronale belge des grandes entreprises, la FEB, a multiplié les appels à la raison du monde politique. Les patrons des grandes entreprises veulent avant tout un gouvernement stable, qui ait les moyens d'imposer l'austérité dans tout le pays, à tous les travailleurs.

Il est impossible aujourd'hui de prévoir quelle coalition gouvernementale pourra s'entendre sur un programme incluant la scission de BHV et les différentes mesures d'austérité exigées par le patronat, et quelles seront la durée et les péripéties de ces négociations. Mais une chose est sûre : la question linguistique aidera à éviter de parler du reste, même si elle ne mène pas à la scission de la Belgique.

Pour se défendre face aux attaques programmées contre leur niveau de vie, et pour être plus forts que le patronat, les travailleurs des deux côtés du pays devront surmonter les divisions linguistiques et politiques artificiellement créées et amplifiées pour affaiblir leur résistance.

Claude THIÉRAM