Air France : La direction de la CGT «fait le ménage», le patron applaudit

18 Juin 2010

Le Bureau national CGT d'Air France vient d'exclure huit élus du personnel et responsables CGT d'Orly-Nord (ateliers de maintenance aérienne) que lui et Air France considèrent comme des empêcheurs de négocier en rond.

À son arrivée à la tête de la CGT, Thibault avait annoncé vouloir passer d'un « syndicalisme de contestation » à un « syndicalisme de proposition ». Si cela ne changeait pas grand-chose à la politique de la CGT sur le fond, cela a entraîné des changements sur la forme.

À Orly-Nord, cela s'est traduit lors d'un mouvement de protestation (refus de signature des bons de travaux) par un désaveu de la section CGT. En même temps un accord secret, vis-à-vis des travailleurs, était signé entre Air France et la direction de la CGT, qui s'engageait à interdire de tels mouvements et à mieux contrôler ses sections syndicales.

Les désaveux ont continué à pleuvoir quand les militants CGT d'Orly ont organisé des débrayages et manifestations sur les salaires à l'aérogare... alors que le Bureau national CGT venait de signer un accord entérinant une baisse de pouvoir d'achat.

Dans la foulée, un vent de contestation souffla sur le congrès de la CGT Air France avec, du jamais-vu, deux candidatures au poste de secrétaire général. Depuis, le Bureau national n'a eu de cesse de chercher à se débarrasser des oppositions dans différents secteurs : au Commercial à Montreuil, à Orly Escale, au Fret Orly et Roissy, au Siège, au Bourget. Et bien sûr à Orly-Nord, où la section CGT a aussi soutenu à diverses reprises les salariés de la cantine en grève contre leurs employeurs, qui sont des élus CGT du Comité d'entreprise (CE) mais ont des méthodes de patrons. Ce soutien a évidemment déplu aux bureaucrates de l'appareil.

Alors, sous prétexte d'adapter ses structures aux nouvelles divisions administratives d'Air France, la direction de la CGT a décidé, il y a un an, de réduire le nombre des sections syndicales du secteur industriel (Orly-Nord, Roissy, Le Bourget, Paray et Toulouse) en les fusionnant en une seule section dite DGI. Cela noyait dans un vaste ensemble des sections contestant la direction du syndicat et faisait que les responsables de la section DGI, désignés par la direction nationale, ne dépendaient plus que d'elle.

N'y voyant pas malice, certaines sections ont approuvé cette fusion forcée, sans même consulter leurs syndiqués. En revanche les syndiqués d'Orly-Nord ont voté contre. Qu'à cela ne tienne, le Bureau national de la CGT est passé outre et, s'asseyant sur ses propres statuts, a fait savoir à Air France que, cette section locale n'existant plus, ses représentants et délégués syndicaux n'avaient plus de mandat.

Mais, même si Air France a accordé plus de moyens aux permanents de la section DGI, celle-ci n'a pratiquement personne de connu à Orly-Nord. Et la direction de la CGT a beau faire venir des gens à elle depuis d'autres sites, ceux auxquels les travailleurs s'adressent sont les militants de la section dissidente. Ce sont eux qu'ils voient dans les ateliers, eux qui interviennent comme délégués du personnel, même si le patron les écarte des réunions de secteur au profit de la CGT « dans la ligne ».

Lors de récentes élections aux CHS-CT (Comités hygiène et sécurité-conditions de travail), la direction de la CGT et celle d'Air France ont cru porter un coup aux dissidents, la CGT DGI ne les présentant pas. Ils ont pourtant réussi à se faire élire, alors que les candidats de la CGT officielle étaient blackboulés.

Air France a voulu faire casser ces élections. Sans succès. La direction de la CGT, elle, a décidé, selon un de ses membres, de « faire le ménage », en excluant des syndicalistes trop liés aux travailleurs.

Orly-Nord n'est pas seul concerné : la section du Bourget a été écartée ; au Fret Roissy, une section de 80 syndiqués a de fait disparu ; au Commercial et au Siège, des militants n'approuvant pas l'orientation de la CGT nationale ont été mis sur la touche...

Pour collaborer avec les représentants de la compagnie, les dirigeants de la CGT sont prêts à casser des sections dont les militants considèrent, à juste titre, qu'obtenir du patron un brevet de partenaire responsable n'a rien à voir avec l'intérêt des travailleurs.

À Orly-Nord, il n'est pas sûr que le patron et ceux qui veulent l'aider à écarter des syndicalistes soutenus par le personnel parviennent à faire taire ces derniers. Et c'est tant mieux parce que, face à la crise, des militants soucieux de défendre les intérêts de la classe ouvrière sont plus indispensables que jamais.

Correspondant LO