Sous la coupe des États-Unis21/01/20102010Journal/medias/journalnumero/images/2010/01/une2164.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Haïti

Sous la coupe des États-Unis

En novembre 1914, le président haïtien voulant disposer de fonds gouvernementaux déposés à la banque nationale, une intervention militaire américaine l'en empêcha, mettant la main sur 500 000 dollars-or. Sept mois plus tard, les marines américains débarquèrent à Port-au-Prince sous prétexte d'y rétablir l'ordre. Le chef des troupes américaines fit élire un politicien prêt à collaborer. Un percepteur américain prit la tête des douanes. Un conseiller américain prît le contrôle de l'administration financière. L'armée haïtienne dissoute fut remplacée par une gendarmerie recrutée et commandée par l'armée américaine.

Cette intervention se heurta à la résistance de paysans pauvres. L'attitude méprisante et brutale des occupants américains heurtait les Haïtiens. La décision de désarmer la population et de rétablir la corvée qui obligeait les paysans à travailler gratuitement à l'entretien des routes mit le feu aux poudres. Fin 1918, une insurrection éclata et tint en échec les forces armées américaines. Son chef fut assassiné par les États-Unis mais il leur fallut encore dix mois pour réduire la révolte. La répression fit 13 000 victimes.

En 1918, une nouvelle constitution abolit l'interdiction faite aux étrangers d'accéder à la propriété foncière. Des sociétés américaines chassèrent de leurs terres des centaines de paysans réduits à la misère et à l'émigration. En 1922, la banque nationale d'Haïti fut transférée à la National City Bank de New York. Un emprunt forcé de 40 millions de dollars aux États-Unis permit de solder la dette envers la France. Mais Haïti ne faisait que changer de créancier.

L'occupation américaine se prolongea jusqu'en 1934. En 1935, le gouvernement haïtien racheta la banque nationale mais la moitié des membres de son conseil d'administration restaient américains. Le département fiscal resta sous contrôle américain jusqu'au complet remboursement de l'emprunt de 1922, c'est-à-dire en 1947. Et un traité de commerce de 1935 accorda aussi aux États-Unis un statut privilégié.

Les États-Unis s'arrogèrent ainsi un droit de regard dans les affaires du pays. L'instrument de cette influence pendant les années d'après-guerre fut l'armée d'Haïti dont ils avaient recruté et formé les cadres et qui allait peser sur la vie du pays, sauf peut-être pendant la longue, sanglante et ruineuse dictature des Duvalier (1957-1986), qui, pour neutraliser l'armée, mit sur pied sa propre milice, les féroces « tontons macoutes », formés par la gendarmerie française !

Après la chute de Duvalier en 1986, la population a subi à nouveau la rivalité entre militaires et politiciens souvent corrompus, à l'ombre de la puissance américaine qui allait à nouveau se manifester en débarquant ses troupes en 1994. Dix ans après, le pays était placé sous la tutelle de l'ONU, sous la pression des marines américains et, accessoirement, de soldats français.

Et c'est ainsi, après des années de pillage et de servitude, qu'avant le tremblement de terre, Haïti apparaissait déjà comme un pays épuisé par des siècles de pillage impérialiste, encadré par l'armée et surveillé de l'extérieur par la marine américaine.

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