Sommet de la FAO : la faim dans le monde - un non-événement pour le monde capitaliste

18 Novembre 2009

La FAO, l'organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, vient de tenir son sommet mondial sur la sécurité alimentaire. Le résultat a été un engagement à « prendre aussitôt que possible des mesures pour éradiquer durablement la faim. » Les participants ne se sont même pas hasardés à fixer une date ou le montant d'une aide éventuelle.

De 2008 à 2009, le nombre de personnes souffrant de la faim est passé de 850 millions à plus d'un milliard. Toutes les cinq secondes, un enfant meurt de faim. Avec quelques centaines d'euros, chacun d'eux pourrait être sauvé. D'après l'organisation Action contre la Faim, entre 4 et 9 milliards de dollars par an permettraient de sauver les dix-neuf millions d'enfants de moins de cinq ans qui souffrent de malnutrition sévère. Au-delà de l'aide d'urgence, les pays où règne la famine auraient besoin d'investissements pour développer leur production agricole : le directeur général de la FAO estime que la part des pays développés devrait se monter à 44 milliards de dollars.

Mais les pays développés n'étaient pas représentés à ce sommet et de toute façon, quand ils sont là, ils font des promesses qu'ils ne tiennent pas. Sur les 7 milliards d'euros promis en juin dernier au Programme alimentaire mondial (PAM), trois milliards n'ont toujours pas été versés ; il ne reste plus à cette agence de l'ONU, qui distribue des vivres à plus de cent millions de personnes, qu'à diminuer de moitié les rations alimentaires dans les camps de réfugiés, au Darfour par exemple, comme l'a dénoncé Jean Ziegler, ancien rapporteur de l'ONU pour le droit à l'alimentation.

Dans le domaine des promesses non tenues, le gouvernement français n'est d'ailleurs pas en reste : le budget consacré à l'aide au développement vient d'être voté : il est en baisse (0,44 % de la richesse nationale au lieu de 0,51 % évoqué en juillet dernier) sur les promesses de Sarkozy qui déclarait : « On ne peut pas faire des économies sur le financement du développement ».

En réalité, sauf quand des émeutes, comme en 2008, viennent leur rappeler que les affamés sont nombreux et peuvent peut-être devenir un facteur de déstabilisation pour l'ordre mondial, la faim dans le monde n'est pas un problème pour les gouvernants ni les possédants des pays riches. C'est pourtant leur système économique qui, par le pillage des richesses mondiales, est responsable de la misère dans les pays pauvres. Ce sont leurs multinationales qui exploitent les matières premières de ces pays où, après le pétrole, le bois, les métaux, etc. elles s'emparent aujourd'hui de plus en plus des meilleures terres. C'est la crise du système capitaliste qui a enfoncé encore plus profondément dans la pauvreté et jusqu'à la famine, une part croissante de la population mondiale dans des pays où, la plupart du temps, on ne manque pas d'aliments mais de l'argent nécessaire pour les acheter.

Et le fait que les grandes puissances ne trouvent pas neuf milliards de dollars pour sauver des enfants alors qu'ils en ont trouvé des centaines pour sauver les banques juge toutes leurs déclarations « humanitaires ».

Sylvie MARÉCHAL