Campagne officielle télévisée «Vous avez la parole !», mais pas trop !

29 Mai 2009

Avec l'ouverture officielle de la campagne pour l'élection au Parlement européen, on explique que, cette fois encore, la parole va être donnée au peuple. Un droit à la parole qui reste fortement contingenté et qui profite surtout à ceux qui l'ont déjà abondamment.

Ainsi, par exemple, la loi donne accès à la télévision dans le cadre de la campagne radio-télévisée à tous ceux qui présentent des listes à cette consultation, à condition que ces listes soient présentes dans cinq des sept circonscriptions qui divisent le territoire métropolitain, à laquelle il faut en ajouter une huitième qui regroupe l'ensemble des DOM-TOM, englobant donc dans un même ensemble les Antilles, la Guyane, la Réunion, la Nouvelle- Calédonie, Saint-Pierre et Miquelon.

La loi précise que les accès à l'antenne doivent, durant la période de campagne officielle, se faire à égalité. Sauf que, cette fois encore, il y en a qui sont plus égaux que d'autres. Ceux qui disposent d'un groupe parlementaire constitué ont droit de se répartir deux heures d'antenne. Ils sont six dans ce cas : l'UMP, le Modem, le PS, le Front de gauche qui regroupe le PCF et le Parti de Gauche de Mélenchon, et le Parti des Radicaux de Gauche qui, curiosité, ne dispose pas d'un groupe constitué à l'Assemblée nationale et, mieux encore, ne présente pas de liste à l'élection européenne, mais disposera quand même, comme les cinq autres « grands partis », de 20 minutes d'émission qu'il utilisera... pour expliquer pourquoi il n'a pas déposé de candidature dans cette élection !

Les autres formations - elles sont 17 dans ce cas - qui sont présentes dans au moins cinq circonscriptions, dont Lutte ouvrière, se partageront une heure d'émission, soit pour chacune... 3 minutes 32 secondes, divisées en deux modules, l'un d'une minute 15, l'autre de 2 minutes 17. Une heure pour les groupes non représentés au Parlement, et si par aventure il n'y en avait que deux ou trois ? Rassurez-vous, la loi veille. Si un tel cas se présentait, elle prévoit qu'aucune de ces listes ne pourrait disposer de plus de 5 minutes. Pas question de laisser ouverte l'éventualité, fort peu probable en l'occurrence, que deux ou trois listes puissent avoir droit, un peu trop, à la parole...

Ce qui se passe dans ce domaine est à l'image de ce que recouvre le terme de « démocratie » dans un pays qui n'est pas avare dans l'utilisation des grands mots. Un humoriste disait, d'une formule, que la démocratie c'est « cause toujours »... à condition toutefois de ne pas laisser trop de temps à ceux qui risquent de troubler le consensus. Mais il n'y a pas lieu de geindre. Cet exemple illustre, mieux que de longs discours, ce qu'il faut entendre par égalité selon les règles que définissent ceux qui nous gouvernent.

Jean-Pierre VIAL