Suite de l'affaire d'Outreau - Le mépris d'un haut magistrat

11 Février 2009
Des années après les faits, l'affaire d'Outreau, ainsi que les journalistes l'ont appelée, fait encore parler d'elle et pour les mêmes raisons.

En 2001 et 2002, le juge Burgaud, en charge d'une affaire d'abus sexuels sur mineurs, avait incarcéré préventivement dix-huit personnes. L'une d'entre elles est morte en prison. Les autres ont été totalement innocentées et relâchées après des mois, voire des années de prison, et avec la honte d'avoir eu a subir l'accusation publique de viol sur mineur.

C'était à tout le moins une erreur judiciaire et le juge Burgaud a dû s'en expliquer devant ses supérieurs. Mais lors de l'une de ces « audiences disciplinaires », un autre magistrat, Didier Beauvais, ayant eu également à connaître de l'affaire, a tenté d'aider Burgaud en donnant sa version du contexte de l'affaire. Et de déclarer, selon les journalistes de La Voix du Nord et d'Aujourd'hui, présents à l'audience et qui maintiennent leurs affirmations : « Nous connaissons ces soirées habituelles, à Boulogne ou à Avesnes-sur-Helpe. Des soirées bière où on invite ses voisins, on boit beaucoup, on joue aux cartes ou au jeu de l'oie, et où le gagnant peut choisir une petite fille, avec le consentement de ses parents. » Et Beauvais d'ajouter : « Là-bas ce ne sont pas des psychologues qu'il faut envoyer mais des sociologues ou des ethnologues ».

Il n'y a donc pas que certains abrutis des tribunes du PSG pour appliquer dans le Nord l'équation pauvre = « pédophile, chômeur, consanguin ». Non seulement Beauvais utilise la même phraséologie, mais il explique ainsi l'attitude du juge Burgaud. Il serait bien inutile de démontrer à ce magistrat que les abus sexuels sur mineurs ne sont pas l'apanage des HLM du Nord - Pas-de-Calais et que le fléau se manifeste aussi dans des milieux bien plus aisés. Sans oublier qu'un certain nombre de pensionnaires d'institutions catholiques, par exemple, en sont régulièrement victimes. Car visiblement Beauvais ne raisonne pas, il laisse parler ses préjugés.

Il n'y a en effet pas besoin de gratter longtemps sous le vernis du haut fonctionnaire bien élevé pour retrouver la vieille haine des classes dominantes et de leurs larbins pour les classes pauvres. Ce mépris, qui recourt toujours aux mêmes images de bestialité, d'alcoolisme et de sexualité dévoyée, remplit des pages entières de mauvaise littérature et de réquisitoires de procès. Et il cache toujours le même sentiment : la peur des riches devant la misère que leur rapacité engendre.

Paul GALOIS