Gardes à vue - 1 % de la population en 2008 !

11 Février 2009

Dans un dossier intitulé « La France gardée à vue », le journal Le Monde du jeudi 5 février décrit la situation de ceux qui s'y sont retrouvés. D'après la loi, la garde à vue résulte de la décision d'un officier de police judiciaire, s'il existe « une ou plusieurs raisons plausibles de soupçonner qu'une personne a commis ou tenté de commettre une infraction ». Elle peut durer 24 heures, la durée la plus habituelle, mais peut aller jusqu'à 96 heures dans les affaires censées relever de la criminalité organisée et même 144 heures en cas de suspicion de terrorisme.

Le dossier révèle qu'en 2008, 577 813 personnes de plus de 13 ans ont été placées en garde à vue, soit environ 1 % de la population française, pour des raisons très variables mais dans des conditions lamentables. Ainsi un professeur de philosophie s'y est retrouvé pour avoir protesté dans un avion contre l'expulsion d'un passager africain qui était menotté. Une esthéticienne témoigne avoir été « entièrement déshabillée » puis placée toute une journée dans une pièce empestant « l'urine et le vomi », après avoir été accusée par une cliente « d'exercice illégal de la médecine ». Un professeur d'histoire y est passé pour avoir participé à la manifestation du 12 janvier contre Sarkozy venu faire un discours à Saint-Lô. Un avocat « habitué » des permanences de nuit au barreau de Paris parle de couvertures « couvertes de merde » données aux personnes interpellées. Il parle de la garde à vue comme d'une « forme d'enfermement qui vise à exercer des pressions » sur une personne « affaiblie »... Et cette situation n'est pas près de s'améliorer car les gardes à vue sont de plus en plus nombreuses, en augmentation de 55 % en huit ans d'après le journal Le Monde, qui explique cette augmentation par l'existence « d'objectifs de performances chiffrés » pour les policiers.

Depuis 2001, pas moins de 18 lois sur la sécurité ont été votées, qui donnent des pouvoirs de plus en plus grands aux forces de police sous prétexte que « la sécurité est la première des libertés », pour reprendre un slogan de Sarkozy, qui le tenait de Chirac, qui l'avait lui-même trouvé dans les conclusions d'un colloque organisé en 1997 par le gouvernement de l'époque, dirigé par un certain Jospin.

À droite comme à gauche, le discours sécuritaire s'est intégré au discours officiel pour masquer une des racines principales de l'insécurité : le chômage et la misère qui s'accroissent encore avec la crise mondiale. Et des discours aux actes, on en est arrivé à ce qu'en France, en 2008, une personne sur 100 se retrouve en garde à vue...

Cédric DUVAL