Enseignants chercheurs - La mobilisation s'étend dans les universités

11 Février 2009
Après une première journée de manifestation très réussie le jeudi 5 février, les cortèges du mardi 10 ont été encore plus imposants. À Paris, lieu de la manifestation nationale, ce sont au bas mot 17 000 personnes, selon la police, qui ont battu le pavé. Parmi elles, une grande majorité d'enseignants-chercheurs, un milieu peu habitué aux mobilisations, mais qui là se retrouve très largement uni contre les décrets gouvernementaux.

Les enseignants du supérieur continuent à exiger, en particulier, le retrait du décret qui modifie leur statut, autorisant les présidents d'université à moduler leur temps d'enseignement, et celui sur la « mastérisation » des concours, terme qui recouvre une dégradation des conditions d'étude, de formation et de paiement des jeunes enseignants du secondaire.

Partout, en plus des nombreux anonymes, on voit ainsi des universitaires connus prendre position contre les décrets, refuser d'assurer leurs cours ou de renvoyer au ministère les projets de formation qu'ils étaient censés lui remettre. Neuf présidents d'université ont même publiquement signé un texte dénonçant les projets gouvernementaux, sous les applaudissements d'un amphithéâtre bondé de la Sorbonne. Le généticien Axel Kahn, président de l'université Paris V, qui avait dans un premier temps appuyé la réforme, a finalement fait volte-face, au grand dam de Sarkozy qui s'était imprudemment prévalu de son soutien dans son allocution télévisée.

Quant à Valérie Pécresse, la ministre de l'Enseignement supérieur, ses tentatives pour promettre une « charte » de bonne application du décret, puis une « médiation » ont fait long feu. De manière significative, dans les assemblées générales de grévistes, personne ne s'est donné la peine de faire allusion à ces manoeuvres dérisoires, pas même pour les dénoncer, tandis que le principal syndicat enseignant décidait de boycotter l'entrevue proposée mercredi 11 par la ministre.

Bref, le gouvernement semble maintenant sans réponse, d'autant plus que dans plusieurs endroits, les étudiants, qui jusque-là étaient en examens, ont profité de la reprise des cours pour se réunir massivement et voter eux aussi la grève. Beaucoup d'entre eux comprennent que ces attaques font partie d'une offensive générale contre l'Éducation nationale en particulier et les services publics en général.

La confrontation continue donc, et elle ne paraît pas tourner à l'avantage du gouvernement.

Jean RAYNARD