Bréalu - Montluçon (Allier) Le patron exige 110 licenciements, le tribunal de commerce s'incline

11 Février 2009
Le jour même où les médias faisaient leurs gros titres sur les 6,5 milliards accordés aux patrons de l'automobile, le journal local annonçait que le tribunal de Montluçon donnait l'autorisation au patron de cette fonderie d'aluminium, qui travaille pour l'automobile, de licencier 110 personnes sur les 290 que compte l'entreprise !

C'est un coup dur pour les travailleurs, qui ont déjà subi un plan de 118 licenciements il y a un peu plus d'un an. La fonderie avait été reprise suite à un dépôt de bilan par Bioméca dont le patron, lors d'une réunion avec son nouveau personnel, s'était vanté d'avoir fait sa fortune en rachetant des entreprises...

Cela fait plus de trois mois, depuis le 27 octobre, qu'une grande partie de l'usine est en chômage partiel. Et pour nombre de travailleurs c'est sans discontinuer, avec des salaires amputés d'au moins 300 euros, ce qui fait environ un tiers de la paie. Le chômage partiel est financé à 80 % par l'État, d'après le sous-préfet.

C'est par une interview dans la presse locale que les salariés, les syndicats, ainsi que les autorités locales ont appris que le patron demandait au tribunal de commerce l'autorisation de 110 licenciements. Peu habitué à être ainsi traité en petit personnel, le sous-préfet s'indignait le lendemain dans le même journal de ne pas avoir été prévenu, lui, le représentant de l'État qui a déboursé 200 000 euros pour payer le chômage partiel, après avoir déjà déboursé 150 000 euros pour le reclassement des 118 licenciements précédents, et qui doit se préparer à d'autres aides.

À l'audience, qui s'est tenue une semaine plus tard, le vendredi 6 février, le patron s'est offusqué quand la présidente du tribunal de commerce a osé lui demander des comptes sur le bilan de l'entreprise. Il lui a rétorqué que son travail à elle était de dire oui ou non, point final. Tout aussi méprisant, si ce n'est davantage, avec le personnel, il est sorti excédé lorsque l'avocate du Comité d'établissement a pris la parole. La présidente a alors renvoyé l'affaire au lundi suivant, le 9 février. Mais si le vendredi elle déclarait la demande insuffisamment argumentée, le lundi, disant ne pas disposer « d'éléments suffisants pour apprécier le nombre de licenciements », elle « laissait au chef d'entreprise le soin d'en déterminer le nombre »... bref elle s'aplatissait sans piper mot.

Patron et valets de l'État sont tous d'accord pour faire payer la crise aux travailleurs.

Correspondant LO