Papauté - Des brebis galeuses réintègrent la bergerie

28 Janvier 2009
Le pape Benoît, 16e du nom, vient d'annuler l'excommunication touchant quatre évêques ultra-conservateurs et qui avaient été ordonnés par l'intégriste français Lefebvre. Parmi eux, l'Anglais Williamson, dont on apprend à l'occasion qu'il défend des thèses négationistes, prétendant entre autres qu'aucun déporté juif ne serait mort dans les chambres à gaz des camps de concentration nazis.

La réintégration de ces intégristes dans le giron de l'Église officielle constitue un geste significatif de la part du successeur de Jean-Paul II, mais qui ne surprendra que ceux qui croyaient que l'Église catholique s'était véritablement ouverte à une prétendue modernité, sous prétexte qu' il y a quelques années le concile Vatican II avait décidé que les prêtres ne seraient plus obligés de porter la soutane dans le privé, ou que la messe serait désormais dite dans la langue du pays, plutôt qu'en latin.

Dieu nous garde, si l'on peut dire, de vouloir entrer dans une querelle sur le droit canonique. Que le rituel s'accomplisse en latin, en français ou en verlan, que les curés puissent se promener en costume de ville, cela concerne ceux qui y croient. Libre à eux.

Le pire est ailleurs. Il y a certes de quoi être choqué par la décision de la papauté de réintégrer en son sein quelques brebis qui lui apparaissaient il y a encore quelques années un peu trop galeuses. Mais peut-on l'être moins alors que, par exemple, la doctrine officielle de l'Église, défendue entre autres par le prédécesseur de Benoît XVI, Jean-Paul II, impose à ses adeptes, et au-delà à des populations entières, le refus de l'usage de moyens contraceptifs, y compris dans des continents comme l'Afrique, où le sida fauchait, et fauche encore par centaines de milliers, hommes, femmes et enfants.

On n'en est certes plus au temps, en 1633, où la papauté obligeait Galilée à se renier pour avoir osé prétendre que la Terre tournait autour du Soleil. Notons cependant qu'il a fallu attendre 1992, soit 300 ans, pour que l'Église catholique reconnaisse du bout des lèvres qu'elle avait pu se tromper sur cette affaire. Effectivement, on n'en est plus là, mais les choses n'ont guère évolué dans les rituels et les dogmes de l'Église, depuis qu'il y a plusieurs siècles des règles ont été édictées qui font encore foi et loi dans les églises et dans les cours de cathéchisme et que certains essayent d'imposer à toute la société.

Jean-Pierre VIAL