Tunisie : lourdes condamnations pour les grévistes de Gafsa

17 Décembre 2008

En Tunisie, trente-huit personnes accusées d'avoir participé au mouvement de révolte qui secoue le bassin minier des phosphates de Gafsa, autour de Redeyef dans le Sud-Ouest tunisien, depuis début janvier 2008, ont été condamnées dans la nuit du jeudi 11 décembre à de lourdes peines de prison.

Six d'entre eux, dont le porte-parole du mouvement Adnan Hajji, instituteur membre du syndicat UGTT de Redeyef, ont été condamnés à dix ans de prison. Le tribunal de première instance de Gafsa les a condamnés pour « entente criminelle portant atteinte aux personnes et aux biens et rébellion armée commise par plus de dix personnes au cours de laquelle des voies de faits ont été exercées sur des fonctionnaires dans l'exercice de leur fonction » à l'issue d'un simulacre de procès, dénoncé comme tel par le Comité pour le ¨respect des libertés et des droits de l'homme en Tunisie.

Le tribunal s'en est même pris aux militants tunisiens résidant à l'étranger qui avaient manifesté leur soutien au mouvement. Ainsi Mohieddine Cherbib, président de la Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives (FTCR) et coordinateur d'un comité de soutien aux habitants de Gafsa en France, a été condamné par défaut à deux ans de prison. D'autres militants tunisiens vivant en France, en particulier ceux résidant dans la région nantaise où se trouvent rassemblés, depuis les années 1970, plusieurs centaines de personnes originaires de Gafsa, ont également été poursuivis, comme Ess'ghaier Belkhiri, arrêté et incarcéré dès son arrivée en Tunisie l'été dernier pour avoir manifesté publiquement son soutien aux grévistes, qui a dû subir un mois de détention et de mauvais traitements avant d'être relâché. Tout cela n'empêche pas les autorités françaises de procéder à des explusions. Ainsi, on apprenait le 17 décembre qu'un ressortissant tunisien sans papiers de la région nantaise, Chraïti Hafnaoui, était menacé d'expulsion en Tunisie, où ils risque aussi un procès.

Depuis le 5 janvier 2008, date des premières révoltes, le bassin minier de Gafsa est secoué par des manifestations populaires contre le chômage, la flambée des prix, les inégalités et la corruption du pouvoir local. Dès le début de ce conflit, le pouvoir a tenté en vain d'éteindre le feu avant qu'il ne s'étende au reste du pays, en multipliant les arrestations et les brutalités contre les manifestants. Passage à tabac de dirigeants syndicaux comme Adnane Hajji, mort d'un jeune manifestant tué par balle en juin, tortures, la répression organisée par le régime de Ben Ali se poursuit, sans que cela arrête la population.

Vendredi 12 décembre, les nouvelles de la décision du tribunal mettaient le feu aux poudres : des affrontements éclataient de nouveau à Redeyef entre les habitants et les forces de sécurité. Selon le Parti Communiste des ouvriers de Tunisie, dans la nuit, « en guise de représailles, les forces de police ont procédé à de nombreuses arrestations n'hésitant pas à multiplier les intrusions dans les domiciles, à défoncer les portes et à agresser la population ».

Sarkozy, qui avait déclaré lors de sa visite en Tunisie d'avril 2008, « l'espace des libertés s'étend », reste très silencieux sur ces événements. Il est vrai que le dictateur Ben Ali est son ami.

Aline RETESSE