Interpellation musclée du journaliste de Libération : les pratiques ordinaires de la police

03 Décembre 2008

La manière dont Vittorio de Filippis, journaliste à Libération, a été interpellé, maltraité et humilié par des policiers a soulevé à juste titre l'indignation.

À l'origine de l'affaire, une plainte en diffamation contre Libération, déposée en 2007, alors que le journaliste était directeur de publication du quotidien. Près de deux ans plus tard, trois policiers arrivent à l'aube à son domicile. « Habillez-vous, on vous emmène ». Ils lui signifient un mandat d'amener au tribunal de grande instance, l'emmènent au commissariat du Raincy, le menottent puis le conduisent dans le sous-sol du tribunal à Paris. Là, témoigne-t-il, « on me demande de vider mes poches, puis de me déshabiller. Je me retrouve en slip, ils refouillent mes vêtements, puis me demandent de baisser mon slip, de me tourner et de tousser trois fois. » Après s'être rhabillé, il est enfermé dans une cellule avant que deux gendarmes viennent le chercher et lui demandent de recommencer la scène du déshabillage et de la « toux » avant de le conduire dans le bureau de la juge où il est mis en examen.

Gêné par le bruit soulevé par l'affaire, Sarkozy a annoncé qu'il fallait réfléchir à « une procédure pénale plus respectueuse des droits et de la dignité des personnes » et Fillon s'est déclaré « choqué ». Mais, deux jours plus tôt, avant les protestations de la presse, la ministre de l'Intérieur avait affirmé que la police avait « suivi les procédures » pour exécuter le mandat d'amener de la juge à l'encontre du journaliste ; quant à la garde des Sceaux, elle avait confirmé que la procédure était « tout à fait régulière » !

En effet, ils sont nombreux ceux qui, dans le cadre de telles procédures « régulières », notamment des jeunes, sont ordinairement molestés et humiliés par des policiers qui, goguenards et sûrs de leur impunité, leur demandent de « tousser ». L'affaire du journaliste de Libération a au moins pour résultat de soulever un peu le voile sur ces pratiques.

Sophie GARGAN