Héberger de force les sans-abri ? Une situation révoltante

03 Décembre 2008

Après la mort de plusieurs SDF en région parisienne, la ministre du Logement, Christine Boutin, a déclaré qu'elle veut obliger les sans-domicile à se rendre en centre d'hébergement d'urgence quand la température descend en dessous de 6° C.

Cette proposition aurait, paraît-il, été suggérée par Sarkozy. Quant à Fillon, il ne l'a pas démentie, expliquant qu'en cas de « danger vital pour le SDF, la protection de la vie humaine prime sur toute autre considération ».

Cette mesure a aussitôt été dénoncée par les associations d'aide aux sans-abri, qui craignent qu'une partie d'entre eux se cachent pour éviter d'être emmenés dans ces centres contre leur volonté, quitte à vivre dans des conditions encore pires.

Finalement, face à l'indignation suscitée par sa proposition, Boutin a décidé de faire machine arrière. De toute façon, une telle mesure aurait été inapplicable, vu que le nombre de places disponibles dans les centres d'urgence - à peine 60 000 places - est bien inférieur au nombre de SDF, estimé à100 000 personnes.

Le problème n'est d'ailleurs pas d'obliger ou pas les SDF à aller en centre d'urgence quand il fait froid. Le gouvernement cherche à dégager sa responsabilité en faisant mine de se soucier du sort des SDF, mais que fait-il pour empêcher que des personnes ne sombrent dans cette situation ? Au fil des ans, les fermetures d'entreprises mais aussi les baisses de revenus ont été telles qu'un nombre croissant de travailleurs, de chômeurs et de retraités se retrouvent expulsés de leur logement et contraints de vivre dans la rue. Quant à la crise actuelle, elle ne peut qu'amplifier ce phénomène.

Plus encore que les « solutions » préconisées par Boutin, c'est le fait qu'il existe des dizaines de milliers de sans-abri qui provoque l'indignation et qui condamne ce système.

Roger MEYNIER