Guyane : explosion de colère contre le prix des carburants

03 Décembre 2008

Depuis le 21 novembre, des milliers de manifestants tiennent les rues de Cayenne et d'autres communes du département de la Guyane. Ils réclament une baisse de 50 centimes du prix de l'essence et du gazole, bloquant les carrefours, les avenues, les routes, le port et l'aéroport international. On compte en tout 24 barrages routiers tenus jour et nuit par ces manifestants sur l'ensemble du littoral guyanais.

Le mouvement a été déclenché par les regroupements de petits transporteurs ainsi que par des associations de consommateurs. Mais il a été vite rejoint par la population, ce qui lui a donné son caractère populaire. Dans certains quartiers pauvres, les manifestants ont même dressé des barricades, et des affrontements plus ou moins violents ont eu lieu avec les forces de répression. Plusieurs dizaines de jeunes manifestants ont été arrêtés.

La colère est d'autant plus grande que le cours mondial du pétrole a été divisé par trois en quelques mois et que les prix à la pompe ont baissé en France, mais pas en Guyane.

Réagissant à ces manifestations, le secrétaire d'État chargé de l'Outre-mer Yves Jégo a d'abord annoncé une baisse de 10 centimes, puis est allé jusqu'à 30. Mais les manifestants exigent toujours les 50 centimes de baisse. Bien sûr, il y a des taxes, notamment régionales, sur les prix des carburants, mais c'est d'abord l'importance de la marge que s'octroient les raffineries qui grève le prix à la pompe. Alors, quand on connaît d'une part les profits considérables des compagnies pétrolières, et d'autre part les difficultés économiques croissantes de la population, il y a vraiment de quoi se mettre en colère.

Pour calmer les choses et éviter la contagion aux Antilles, Yves Jégo a proposé au Conseil régional de Guyane une subvention de 10 millions d'euros s'il consent à baisser de 20 centimes les taxes qu'il prélève sur le prix à la pompe. Ainsi on arriverait aux 50 centimes de baisse réclamés par la population. Pour l'instant, le Conseil régional refuse, certains élus réclamant une compensation de 17 millions d'euros.

Le mardi 2 décembre, le représentant local de l'UMP s'est désolidarisé du mouvement, disant que les propositions de Jégo sont acceptables. Le port et l'aéroport international ont été rouverts mais les manifestants continuaient à tenir les barrages routiers.

Il est sûr que la contagion de la colère guyanaise pourrait s'étendre à la Martinique et la Guadeloupe. Dans ces deux îles, plusieurs associations de transporteurs et de consommateurs appellent dans les jours qui viennent à des journées de protestation « comme en Guyane ». C'est cette crainte de la contagion qui a du reste conduit le gouvernement à faire baisser les prix de 15 centimes pour le sans-plomb et de 10 centimes pour le gazole à compter du 1er décembre aux Antilles, et de 5 centimes à la Réunion.

On ne peut que souhaiter que la mobilisation populaire réussisse à imposer l'allégement des dépenses de carburant, qui pèsent lourd sur le budget des travailleurs et de l'ensemble de la population laborieuse. D'autant que dans ces dits « départements d'Outre-mer » les petits salaires sont globalement plus bas qu'en France et le chômage bien plus important, alors que le coût de la vie y est bien plus élevé.

Pierre JEAN-CHRISTOPHE