Grandes manoeuvres : Mélenchon à côté du PS, mais pas à sa gauche

03 Décembre 2008

Trois semaines après avoir quitté le PS, Jean-Luc Mélenchon a fondé son parti, le Parti de Gauche, expliquant qu'il en était arrivé là après avoir bataillé ferme, pendant vingt ans, au sein du Parti Socialiste. Il prétend aujourd'hui qu'il aurait tenté, en vain, de le réorienter sur des positions de gauche.

La réalité est moins vertueuse. S'il est vrai que Jean-Luc Mélenchon a participé, durant ces vingt dernières années à des batailles internes au sein de l'appareil socialiste, s'il s'est retrouvé dans telle ou telle coalition l'opposant à d'autres coalitions de notables, bien malin qui aurait pu dire s'il se situait plus ou moins à la gauche des combinaisons concurrentes.

Ainsi par exemple il s'était rangé derrière Laurent Fabius lors de la compétition mettant aux prises Fabius, Strauss-Kahn et Royal pour le choix de la candidature socialiste à la Présidentielle de 2007. Il justifiait son choix par le fait que Fabius avait fait campagne pour le non au referendum constitutionnel européen, ajoutant que « Fabius avait été ministre et était (donc) capable de diriger la France ». Ministre, Mélenchon le fut, lui aussi, chargé de l'Enseignement technique, aux côtés de Jack Lang, de 2000 à 2002, dans un gouvernement dirigé par Jospin, sans que cet épisode gouvernemental laisse le souvenir d'une politique plus à gauche.

Voilà pour le passé. Mais les perspectives d'avenir que propose le Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon ne semblent pas plus prometteuses d'une orientation plus à gauche, même dans le sens que l'on donne à ce terme dans le vocabulaire des politiciens. Jean-Luc Mélenchon fixe, en effet, à son parti comme principal objectif d'être le pôle autour duquel se fédéreraient des libertaires, des communistes, des trotskystes, des écologistes, des républicains, afin de présenter une liste lors de l'élection européenne de juin 2009. La direction du PCF s'est empressée de répondre favorablement à cette sollicitation, y voyant l'opportunité de ne pas se retrouver isolée lors de cette échéance.

Alors, quel sera le succès de la démarche du sénateur Mélenchon ? L'avenir le dira. Mais l'essentiel n'est pas la destinée de cette proposition, c'est l'objectif que Mélenchon lui assigne. Il veut, dit-il, que cette liste obtienne un score significatif, supérieur, affirme-t-il à celui des Verts, un score qui dépasse même celui du PS. Mais pour faire quoi ? Pour se faire admettre dans une future équipe gouvernementale avec ce Parti Socialiste qu'il vient de quitter ? Et sur quel programme ? Avec quelle exigence à l'égard de ses futurs ( et anciens) partenaires ? Jean-Luc Mélenchon se garde bien d'en parler.

En réalité, il fait le choix d'avoir, de l'extérieur du PS, la démarche qui était la sienne en son sein, pour tenter de revenir au premier plan. Un tel choix, d'autres l'avaient fait dans le passé : Rocard, Chevènement, par exemple. Avec plus ou moins de bonheur pour leur carrière. Eux aussi avaient prétendu, à un moment ou un autre, qu'ils se situaient à la gauche du PS. On a pu voir ce qu'il en était. La trajectoire qu'a choisie Mélenchon fait penser à celle de ces prédécesseurs.

Jean-Pierre VIAL