États-Unis : Obama, le changement auquel on ne peut pas croire

03 Décembre 2008

Obama a fait toute sa campagne pour la présidence des États-Unis sur le « changement » et la rupture avec « la politique du passé ». Mais ce qu'il affiche en constituant son futur gouvernement, c'est sa volonté de continuité. Les dernières nominations qu'il a effectuées sont hautement symboliques.

La paix n'est pas pour demain.

Barack Obama garde à son poste l'actuel secrétaire à la Défense (l'équivalent du ministre de la Défense), Robert Gates, qui mène depuis deux ans les guerres d'Irak et d'Afghanistan pour le compte de Bush. C'est Robert Gates qui a intensifié la guerre en Irak depuis un an, provoquant des destructions massives et alimentant la haine des populations de la région contre les États-Unis. Gates ne veut pas s'engager sur une date de retrait des troupes d'Irak et, si Obama continue à dire souhaiter retirer en 16 mois les troupes américaines d'Irak, il insiste maintenant surtout sur le fait que cela peut changer : « Comme je l'ai toujours dit, je tiendrai compte des recommandations de mes militaires. » Autre bémol, Obama dit qu'« il est vraisemblable qu'il sera nécessaire de maintenir sur place une force résiduelle pour fournir des formations et une aide logistique afin de protéger nos civils en Irak », force « résiduelle » estimée pendant la campagne à plusieurs dizaines de milliers d'hommes !

La nomination d'Hillary Clinton au poste de secrétaire d'État (ministre des Affaires étrangères) ne constitue pas une rupture dans la politique étrangère américaine. Obama lui reprochait lors des primaires d'avoir approuvé par son vote la guerre contre l'Irak et d'être une va-t-en guerre qui voulait envoyer les Américains au front. Mais lui-même a décidé d'intensifier la guerre en Afghanistan, guerre qu'il qualifie de « juste ». Quant à l'actuelle secrétaire d'État, Condoleezza Rice, elle a félicité Obama de son choix.

Obama mènera la politique de l'impérialisme américain, qui défend avec agressivité ses intérêts de par le monde. Il veut même associer les autres pays à ses efforts guerriers et Hillary Clinton l'a immédiatement proclamé : « L'Amérique ne peut pas résoudre ces crises sans le reste du monde, et le monde ne peut les résoudre sans l'Amérique. »

Selon le New York Times, Obama s'éloigne de sa campagne et « dit en gros que les Américains ne doivent pas prendre trop au sérieux certaines choses dites dans le feu de la campagne ».

Face à la crise, une politique au service des plus riches...

Le choix des ministres et des conseillers d'Obama en matière économique n'annonce sûrement pas une rupture avec le passé. Car ce sont tous d'anciens conseillers ou ministres de Bill Clinton, dont certains ont travaillé ces derniers mois à rembourser les banquiers qui avaient trop risqué et trop perdu.

En effet le futur ministre des Finances de Barack Obama est le président de la Réserve fédérale de New York, Timothy Geithner. Il a étroitement collaboré avec l'actuel ministre des Finances, Paulson, pour voler au secours des institutions financières de Wall Street en faillite : sauvetage de la banque Bear Stearns, de la société d'assurances AIG et du géant de la finance Citigroup, auquel ont été accordés tout récemment 20 milliards de dollars et la garantie pour 300 milliards d'actifs risqués. Il faut dire que le troisième larron qui a concocté avec Paulson et Geithner le plan de sauvetage de Citigroup n'est autre que l'ancien ministre des Finances de Clinton, aujourd'hui à la tête de... Citigroup !

Le futur ministre des Finances d'Obama a aussi collaboré au fameux plan de 700 milliards de dollars adopté par le Congrès américain pour venir à la rescousse des banques.

C'est dire que ni lui ni Obama ne trouvent choquant de distribuer des milliards d'argent public pour couvrir les pertes des banquiers. En fait, l'administration républicaine et l'équipe d'Obama travaillent la main dans la main sur toutes les décisions économiques face à la crise.

Les quelques promesses faites par Obama dans la campagne disparaissent avant même qu'il ait pris ses fonctions. Par exemple, il évoque déjà l'idée que les augmentations d'impôts sur les plus riches seront peut-être remises à plus tard, à cause de la crise...

...et contre les travailleurs

Obama soutient la demande de 25 milliards de dollars de rallonge que les trois grands constructeurs automobiles américains réclament, en plus des 25 milliards de dollars que le Congrès leur a déjà accordés, mais il y met une condition : Ford, GM et Chrysler doivent présenter un plan de redressement mettant tout le monde à contribution, et en particulier les travailleurs. Le syndicat des travailleurs de l'automobile, l'UAW, soutient la revendication des patrons auprès du Congrès et va tenter de convaincre les travailleurs d'accepter de nouveaux sacrifices, alors que le dernier contrat que l'UAW a accepté de signer l'an dernier comportait déjà des sacrifices considérables, en particulier sur l'assurance médicale des retraités, sur le salaire des nouveaux embauchés et sur les suppressions d'emplois.

Il est maintenant question de permettre aux patrons de se dégager en partie au moins de leurs obligations de financement de l'assurance-maladie des retraités, de ne plus payer des indemnités de licenciement et, bien sûr, de supprimer encore massivement des emplois. Ni les milliards donnés aux patrons de l'automobile, ni les sacrifices des travailleurs ne permettront de sauver les emplois.

C'est dire qu'Obama, comme tous les autres présidents, s'apprête non seulement à laisser faire le patronat, mais à l'aider à faire payer la crise aux travailleurs. Plus d'un mois avant d'entrer en fonction, il annonce clairement la couleur.

Dominique CHABLIS