Dans les lycées du Gers : les descentes musclées de la gendarmerie

03 Décembre 2008

Fin novembre, des forces de police ont pratiqué des interventions pour le moins musclées dans différents établissements scolaires du Gers, dans le cadre d'une « action de prévention » contre l'usage de stupéfiants.

À Auch, Marciac, Pavie, Castelnaudary, dans des collèges et des lycées, le scénario était le même partout : des gendarmes ont fait irruption dans les locaux, accompagnés de chiens renifleurs de drogue. Ils ont fouillé les locaux, les affaires et les élèves eux-mêmes, le tout sans ménagement et assorti de remarques insultantes envers les jeunes.

Un enseignant d'un centre d'apprentis, choqué de la brutalité de cette intervention, a ainsi témoigné de ce qu'il a vu dans son établissement : « Je fais cours quand tout à coup, sans prévenir, font irruption quatre gendarmes décidés, accompagnés d'un maître-chien affublé de son animal. Sans préambule, le chien est lancé à travers la classe. Les jeunes sont choqués, l'ambiance est lourde, menaçante. Le chien court partout, mord le sac d'un jeune à qui on demande de sortir, le chien bave sur les jambes d'un autre terrorisé, sur des casquettes, sur des vêtements. Des sacs sont vidés dans le couloir, on fait ouvrir les portefeuilles. Une trentaine d'élèves suspects sont envoyés dans une salle pour compléter la fouille. Certains sont obligés de se déchausser et d'enlever leurs chaussettes, l'un d'eux se retrouve en caleçon. Parmi les jeunes, il y a des mineurs. Dans une classe de BTS, le chien fait voler un sac, l'élève en ressort un ordinateur endommagé, on lui dit en riant qu'il peut toujours porter plainte. Ailleurs, aux dires des jeunes et du prof, le maître-chien lance : "Si vous bougez, il vous bouffe une artère et vous vous retrouvez à l'hosto" ».

Dans un collège de Marciac, une jeune élève de 13 ans raconte comment elle a subi une fouille corporelle, sous le regard de deux gendarmes masculins, l'un disant à la fouilleuse : « On dirait qu'elle n'a pas de hash mais avec sa tête, mieux vaut bien vérifier ».

Depuis janvier, vingt-cinq établissements scolaires ont été ainsi contrôlés, avec l'aval de la plupart des chefs d'établissements, d'accord sur le principe sinon sur les méthodes. Il paraît pourtant, selon les dires des autorités locales, qu'il s'agit là de « simples » actions de prévention contre l'usage de stupéfiants. Mais visiblement, pour les forces de police qui sont intervenues dans les établissements du Gers, « prévenir » consiste plutôt à considérer les jeunes comme étant a priori suspects pour l'unique raison qu'ils sont jeunes, et à les traiter de façon indigne.

Marianne LAMIRAL