Automobile : quand le patronat crie avant d'avoir mal

03 Décembre 2008

Les milliers de suppressions d'emplois dans l'industrie automobile et chez les sous-traitants, les fermetures d'usines, les périodes de chômage imposées par les patrons du secteur ne sont pas seulement des catastrophes vécues, jour après jour, par les centaines de milliers de travailleurs directement concernés et leurs proches. Ces attaques contre les salariés de l'automobile servent aussi de base à un chantage ouvert de la part des magnats de la branche. Ceux-ci, les années passées, ont tous accumulé des milliards de profits, mais non seulement ils refusent de voir la courbe stagner, mais ils utilisent la crise comme motif pour réclamer une manne d'argent public.

Le Comité des constructeurs français d'automobiles vient tout juste de pleurer sur les immatriculations de voitures neuves qui ont baissé de 14 % en novembre 2008, comparé à novembre 2007. PSA aurait vu ses ventes de véhicules neufs baisser de 17 % ce mois-ci, alors que Renault a dans le même temps augmenté les siennes de 2,3 % et même de 13 % pour Dacia. Cela n'a pas pour autant retenu Carlos Ghosn, le PDG de Renault-Nissan, lors d'un colloque très récent à Tokyo, de menacer explicitement de « destructions d'emplois massives dans les pays qui n'aideront pas rapidement le secteur automobile à se financer ».

Et pendant que les grands constructeurs des États-Unis, General Motors, Ford et Chrysler, en sont à réclamer à nouveau aux parlementaires de leur voter un chèque de 25 milliards de dollars, leurs semblables européens attendent de pied ferme des pouvoirs publics 40 milliards d'euros de prêts à taux d'ami, se refusant, comme l'a également annoncé Ghosn, à « prendre sur leur trésorerie ». Les aides quémandées vont de la réduction de la TVA sur l'achat de voitures neuves à l'ouverture du « robinet du crédit » pour la recherche-développement, au-delà des 5 milliards promis pour étudier la production de voitures « vertes ».

Celles-ci, selon Ghosn, ne se vendront pas mieux : « Les clients, précise-t-il avec un cynisme non dépourvu de lucidité, ne sont pas prêts à payer plus pour une voiture écologique. Ils exigent au contraire qu'elle soit moins chère. » Il n'est certes pas nécessaire d'être un expert en économie pour constater que les voitures neuves et même récentes constituent de plus en plus fréquemment une dépense insupportable pour le budget d'une famille modeste. Le pouvoir d'achat en baisse, plombé à la fois par le faible niveau des salaires et le nombre de travailleurs au chômage complet, partiel ou temporaire, ne permet pas de renouveler quand il le faudrait un véhicule ancien. Les constructeurs automobiles déplorent d'ailleurs le vieillissement du parc automobile, alors qu'ils sont directement à l'origine et des bas salaires, et des suppressions d'emplois ; pas seulement de celles de ces derniers mois, mais des dizaines de milliers qu'ils ont soigneusement programmées au cours des deux dernières décennies.

Alors que, malgré les jérémiades des patrons, les profits continuent à rentrer - rien que sur les onze premiers mois de cette année, le marché de l'automobile est malgré tout en légère hausse de 0,8 %, sans parler des milliards continûment accumulés ces dernières années - le gouvernement à leur service semble déjà prêt à accéder à l'une de leurs exigences en portant de 300 à 1 000 euros la prime à la casse d'un véhicule vieux de plus de dix ans, et non plus quinze. Au total, les sommes ainsi versées à l'industrie automobile devraient se monter à 20 milliards d'euros. Et ce n'est sans doute qu'un début...

Viviane LAFONT