Allemagne : le racket écologique

03 Décembre 2008

Depuis le début octobre, dans plusieurs grandes villes de la Ruhr, des « zones vertes » sont entrées en fonction. De telles zones ont déjà été créées depuis le début de l'année à Berlin, Francfort, Hanovre ou ailleurs.

Officiellement il s'agit, environnement oblige, de réduire les émissions de particules fines en limitant l'accès du centre des villes aux voitures les moins polluantes. Les véhicules ont été classés en quatre catégories. Les conducteurs de voitures récentes doivent se procurer une vignette, payante, auprès de l'administration, pour pouvoir pénétrer dans ces zones. Les autres, ceux qui ont une voiture de fabrication plus ancienne et donc plus polluante, ne peuvent pas y pénétrer. Ils sont passibles d'une amende et d'un retrait d'un point sur leur permis de conduire s'ils sont pris à circuler dans la zone en question. Ils doivent faire effectuer les travaux pour mettre leur voiture aux normes, ce qui peut coûter plusieurs centaines d'euros, ou en acheter une autre.

L'industrie automobile est donc un des premiers bénéficiaires de cette mesure, qui va toucher la partie la plus pauvre de la population, celle qui possède les voitures les plus vieilles. À Essen par exemple, les quartiers populaires du nord de la ville sont inclus dans la « zone verte ». Leurs habitants pourront toujours utiliser les transports en commun... qui ne cessent de se dégrader, en particulier le réseau de trains régionaux : trains en retard voire supprimés, prix des trajets qui n'arrêtent pas de grimper, etc.

Tout cela servira-t-il au moins à lutter efficacement contre la pollution ? On peut en douter. Des organismes ont estimé que la réduction d'émissions de particules engendrée serait limitée à 2 ou 3 % !

Le plus choquant est qu'au moment où, sous couvert de préservation de l'environnement, on rackette une nouvelle fois la population, le gouvernement d'Angela Merkel se bat contre les autorités européennes pour obtenir que les constructeurs automobiles allemands puissent produire des voitures émettant des taux importants de CO2 plus longtemps que cela n'est prévu par les normes de l'Union européenne.

Dans cette histoire, la seule amélioration à attendre c'est celle de « l'environnement » financier des Daimler, Audi, Volkswagen, Opel ou BMW.

Henri MARNIER