Rwanda - Les responsables politiques et militaires français du massacre ne sont toujours pas poursuivis

26 Novembre 2008
L'arrestation en Allemagne début novembre puis le transfert en France de Rose Kabuye, une proche du président rwandais actuel Paul Kagamé, fait suite au mandat d'arrêt international lancé par le juge français Bruguière dans le cadre de son enquête sur l'assassinat du président rwandais Juvénal Habyarimana.

Cet attentat meurtrier avait été l'élément déclencheur du génocide au Rwanda en1994. Les extrémistes Hutus au pouvoir, soutenus par la France, avaient saisi ce prétexte pour exterminer les Tutsis et les Hutus modérés, faisant près d'un million de victimes. La victoire militaire des forces rebelles du Front patriotique rwandais (FPR), dirigé par Kagamé, avait mis fin au génocide. À l'époque, en France, François Mitterrand était président de la République, Édouard Balladur Premier ministre, l'amiral Lanxade chef d'état-major, et Nicolas Sarkozy porte-parole du gouvernement.

Depuis quatorze ans, contre toute vérité le gouvernement français nie son implication dans le génocide rwandais. Il multiplie les contre-feux pour détourner l'attention : la procédure décidée par le juge Bruguière en fait partie. Celui-ci accuse le président Kagamé d'être à l'origine de l'attentat, et donc d'avoir sciemment déclenché le génocide qui se préparait. Il y a deux ans, il a même lancé des mandats d'arrêt internationaux contre Kagamé et certains de ses proches ! La ficelle était un peu grosse, le gouvernement rwandais avait aussitôt rompu toutes relations diplomatiques avec la France. Et en août 2008 il répliquait aux accusations françaises en publiant un rapport sur l'implication de la France dans le génocide. Kagamé menaçait de lancer à son tour des mandats d'arrêts internationaux contre des hommes politiques et des militaires français, responsables de ce qui avait eu lieu au Rwanda. L'arrestation de la diplomate rwandaise sur demande de la France intervient donc dans ce contexte tendu entre les deux pays.

Un massacre programmé

Quels que soientt les responsables de l'attentat, cela ne change rien au fond de l'affaire. Le génocide contre les Tutsis était programmé depuis longtemps. Et ce qui est incontestable, c'est le rôle joué par l'impérialisme français, et en premier lieu par François Mitterrand, dans le soutien au régime dictatorial d'Habyarimana, dans la préparation du massacre et dans son exécution. Les dirigeants français au pouvoir à l'époque connaissaient ces préparatifs. De 1990 à 1994, des officiers français étaient présents dans presque tous les organes de sécurité rwandais. Ce sont des militaires français qui ont formé l'armée rwandaise mais aussi les miliciens Interahamwe, bandes armées proches du pouvoir, fer de lance des massacreurs. Les gendarmes français avaient contribué au fichage informatique des Tutsis et des opposants politiques Hutus ; ce qui a facilité leur extermination. Enfin, les banques françaises ont aidé financièrement la dictature d'Habyarimana.

La France responsable et coupable

Entre 1990 et 1994, malgré de nombreux signes annonciateurs du massacre, à aucun moment le gouvernement français n'a changé de politique. Et quand celui-ci a commencé, il a continué à soutenir la dictature. En juillet 1994, pour éviter la débandade de l'armée rwandaise et des milices responsables du génocide, les militaires français sont intervenus pour organiser une prétendue " zone humanitaire sûre ". Mais c'était en réalité pour organiser le transfert des débris de l'appareil d'État rwandais au sud du pays puis au Congo voisin. Cette dernière opération militaire, dite " opération Turquoise ", avait été directement pilotée par l'Élysée, les proches de Mitterrand l'informant quotidiennement du développement de la situation.

L'arrestation de Rose Kabuye fait d'ores et déjà l'objet d'intenses tractations entre la France et le Rwanda. Quelle qu'en soit l'issue, une chose est sûre, les vrais responsables politiques et militaires du génocide ne sont pas sur le banc des accusés. Ils n'ont même jamais été inquiétés. Bien qu'ils aient le sang de tout un peuple sur les mains, ni un Mitterrand de son vivant, ni un Balladur, ni un Lanxade, ni aucun autre responsable politique ou militaire français n'a été à ce jour inquiété ou jugé pour leur politique criminelle au Rwanda.

René CYRILLE