Obama, figure de la revanche des Noirs, contre l'humiliation, pas contre l'exploitation !

12 Novembre 2008

Au soir de l'élection de Barak Obama, on avait le coeur serré face à l'émotion des Noirs américains, notamment des plus anciens, ceux qui ont connu, directement ou par le récit de leurs parents, les " fruits étranges " qui tombaient des arbres où on pendait les nègres, les lynchages et autres expéditions punitives du Ku Klux Klan ou, quotidiennement, la ségrégation qui interdisait aux Noirs de côtoyer les Blancs dans les bus et les écoles. C'était une revanche après des siècles de racisme institutionnalisé. Une période qui fut aussi un long combat des Noirs pour leur dignité.

Pratiquement dès l'installation des colons en Amérique du Nord, l'esclavage des Africains devint une institution, qui se poursuivit longtemps encore après la guerre d'indépendance et la création des États-Unis en 1776. Et, quand un siècle plus tard, à la fin de la guerre de sécession, l'esclavage fut aboli, si les Noirs devinrent théoriquement " libres " ce fut pour subir, plus particulièrement dans les États du Sud, la ségrégation raciale.

Pendant les deux siècles qu'a duré l'esclavage, malgré les conditions de vie atroces et les menaces de mort, des esclaves n'ont cessé de se rebeller pour affirmer leur dignité humaine.

Plus tard, sous cette ségrégation - qui codifiait la séparation rigoureuse entre Blancs et Noirs, qui tolérait à peine quelques places pour les Noirs à l'arrière des bus, leur interdisait la fréquentation des restaurants et autres lieux de loisirs, leur fermait les métiers de la Fonction publique, proscrivait les mariages mixtes, etc. - les révoltes continuèrent. Et surtout, génération après génération, les Noirs s'organisèrent et finirent par faire sauter les lois ségrégationnistes.

L'histoire a retenu le nom de Rosa Parks, cette femme qui, en 1955 à Montgomery dans l'Alabama, fut condamnée à une amende parce qu'elle avait refusé de céder sa place à un Blanc dans un bus. Ce fut le point de départ d'un boycott de la compagnie de bus par tous les Noirs de cet État, un boycott massivement suivi, quitte à marcher des heures entières, et qui dura pendant plus d'un an. L'administration fut contrainte de mettre fin à la discrimination raciale dans les transports en commun.

Dans les années qui suivirent, des manifestations monstres se déroulèrent. Les participants durent affronter la police et les chiens. Il y eut aussi ces émeutes urbaines où des Noirs furent violemment tabassés, emprisonnés et nombreux furent ceux qui y laissèrent leur peau. Ces luttes collectives finirent par contraindre, en 1964, le président des États-Unis de l'époque à signer la loi américaine des Droits civiques instituant, sur le papier, l'égalité de tous les citoyens américains et l'interdiction de la discrimination raciale.

L'accès à certaines universités fut ouvert aux Noirs, de même que des professions qui leur étaient jusque-là interdites, la bourgeoisie noire eut les coudées plus franches. Mais si la situation d'infériorité dans laquelle les Afro-Américains étaient maintenus fut modifiée, elle n'en fut pas pour autant supprimée. Pour la simple raison que l'immense majorité des Noirs étaient alors, et restent aujourd'hui, les plus pauvres des travailleurs, parmi les plus exploités.

Aujourd'hui, près de cinquante ans plus tard, un métis africain accède à la présidence des États-Unis. Avant lui, des Noirs ont été élus aux postes de maire et même de gouverneur ; Condoleezza Rice a été la secrétaire d'État de Bush et Colin Powell chef d'état-major de l'armée.

Si pour un certain nombre de Noirs américains, les choses ont bien changé, il reste des millions de prolétaires noirs. Ceux-ci vivent sous le coup d'une ségrégation - sociale cette fois - qui les cantonne aux pires boulots, quand ils ont du travail, aux côtés de Blancs pauvres dont le sort n'est pas si différent.

Cette situation n'est pas si extraordinaire. Ici même, en France, une femme issue d'une famille pauvre de l'immigration maghrébine est devenue ministre et s'habille chez les plus grands couturiers, alors que la majorité des travailleurs d'origine marocaine et algérienne subit la ségrégation sociale réservée aux exploités.

On ne peut certes que partager la joie des Noirs américains. Mais on ne peut aussi que souhaiter que travailleurs noirs et blancs, dont les intérêts sont communs, mènent ensemble la lutte contre la ségrégation sociale, la seule manière pour tous les travailleurs de conquérir leur dignité.

Sophie GARGAN