Sans-papiers : Hortefeux veut expulser en toute quiétude

11 Septembre 2008

Le ministre de l'Immigration, Brice Hortefeux, s'apprête à mettre fin au monopole de la Cimade sur la prise en charge de l'aide juridique des personnes sans papiers en instance d'expulsion.

C'est à partir du 1er janvier prochain que le ministère entend profiter du renouvellement des accords existant avec cette association pour modifier la donne, sous prétexte que la Cimade serait débordée.

Mais ce que prévoit Hortefeux, ce n'est pas de faire coopérer plusieurs associations sur l'ensemble du territoire, mais de partager celui-ci en lots attribués chacun à une association différente.

Le fait que la Cimade agissait actuellement sur l'ensemble du territoire permettait d'avoir, par son intermédiaire, une vue globale de la situation des sans-papiers dans tout le pays et, bien sûr, du traitement souvent inhumain imposé par les autorités.

C'est bien ce qui irrite le gouvernement, qui n'a pas digéré la révolte des sans-papiers du centre de rétention de Vincennes au mois de juin et a reproché à la Cimade d'avoir attisé le mécontentement et la protestation en informant le public sur la situation scandaleuse des sans-papiers.

Hortefeux voudrait bien que le traitement indigne imposé aux sans-papiers engendre moins de réactions de solidarité. Il est donc question de répartir la tâche de telle façon qu'aucune association n'ait une vue d'ensemble. Il y aura donc huit secteurs, où les intervenants n'auront pas forcément les mêmes méthodes, ce qui rendra plus difficile la coordination de l'action. L'État aura un droit de regard sur les informations collectées par les associations. Elle seront invitées à la " neutralité " et à la " discrétion ". En cas de manquement à ces exigences, elles perdront les subventions liées à cette activité.

On sait déjà que, dans la région lyonnaise, le gouvernement devrait traiter avec Forum réfugiés, qu'il juge comme une " organisation raisonnable ". Les " raisonnables " étant évidemment ceux qui ne trouvent rien à redire à la politique de ce gouvernement. En revanche, la Croix-Rouge et France terre d'asile affirment ne pas vouloir " entrer en concurrence avec la Cimade ".

Evidemment, pour justifier cette reprise en main, le gouvernement vante la " diversité " qu'elle permettrait. Cela passe mieux que d'avouer qu'il a ressuscité le bon vieux " diviser pour régner " et la " loi du silence ", afin de pouvoir expulser avec un minimum de réactions, voire plus du tout.

Mais tous ceux qui se sentent solidaires des sans-papiers auront à coeur de contrecarrer cette manoeuvre et de continuer à s'opposer de toute façon aux expulsions de sans-papiers.

Jacques FONTENOY