PCF - Discussions sur l'abandon de l'étiquette communiste: de toute façon, le communisme vivra !

11 Septembre 2008

À quatre mois du 34e congrès du Parti Communiste Français, les " contributions " fleurissent dans les pages du journal l'Humanité sur l'avenir du parti : la question de la transformation du PCF y est largement débattue, et en particulier celle de la référence au communisme. Nombreux sont ceux, parmi les militants et sympathisants du PCF, qui craignent que leur parti cesse de se réclamer du communisme.

Ils ont raison de s'inquiéter. L'abandon de la référence au communisme serait effectivement un recul. Le simple fait qu'il existe des dizaines de milliers de militants se réclamant du communisme était jusque-là porteur de l'idée que le capitalisme n'est pas le seul avenir pour l'humanité, qu'une autre société est possible.

Aujourd'hui le Parti Communiste Français regroupe encore des milliers de militants dans les quartiers et dans les entreprises. N'en déplaise aux journalistes qui le présentent comme enterré, ce parti n'est pas mort, comme en témoigne l'affluence habituelle à la fête de l'Humanité. Mais bien des militants sont démoralisés, ne voient pas où va leur parti ni quoi faire à l'avenir, et se détournent de la politique. Cet abandon et ce découragement constituent un recul car, dans les cités populaires, ceux qui défendent les idées de classe se font rares, et la place est libre pour les partisans d'idées réactionnaires, militants d'extrême droite, militants religieux intégristes et autres.

Aussi est-il bon que de nombreux militants du PCF s'opposent à ce que leur parti abandonne toute référence au communisme. Mais tout le problème est de savoir ce qu'on met derrière le mot communisme, de savoir aussi ce qu'on critique dans la politique actuelle du PCF. Critique-t-on la politique menée sous la direction de Marie-George Buffet ? Critique-t-on la participation au gouvernement de Jospin en 1997 ? Ou la précédente participation à celui de Mitterrand en 1981, alors que le PCF, sous la direction de Marchais, enregistrait déjà une baisse, non seulement de son influence électorale mais aussi de son audience dans les milieux populaires ?

En fait, cela fait bien longtemps que le Parti Communiste Français a abandonné les idées véritablement communistes. On pourrait remonter ainsi bien plus loin en arrière pour trouver des illustrations d'une politique qui, à part l'étiquette, n'avait pas grand-chose de commun avec ce que voulaient les fondateurs du Parti Communiste. Celui-ci à sa naissance, en 1920, ne se fixait pas seulement comme objectif d'être un parti de lutte de classe, comme une bonne partie de ses militants voudraient qu'il le redevienne. Il voulait devenir un instrument de la révolution socialiste et, pour parvenir à cet avenir socialiste, il ne comptait pas sur les voies parlementaires.

Le Parti Communiste d'alors faisait sien le programme de Marx, qui proclamait la nécessité pour la classe ouvrière de " s'ériger par une révolution en classe dominante ".

" Le pouvoir politique, à proprement parler, est le pouvoir organisé d'une classe pour l'oppression d'une autre. Si le prolétariat, dans sa lutte contre la bourgeoisie, se constitue forcément en classe, s'il s'érige par une révolution en classe dominante et, comme classe dominante, détruit par la violence l'ancien régime de production, il détruit, en même temps que ce régime de production, les conditions de l'antagonisme des classes, il détruit les classes en général et, par là même, sa propre domination comme classe. À la place de l'ancienne société bourgeoise, avec ses classes et ses antagonismes de classes, surgit une association où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous. " Voilà ce qu'écrivait Marx dans son programme, le Manifeste du Parti Communiste. Serait-ce dépassé, comme l'affirment aujourd'hui nombre de membres du PCF ?

Nous pensons que la condamnation du capitalisme que formulaient Marx et Engels, tout comme les tâches qu'ils fixaient à la classe ouvrière, sont au contraire toujours d'actualité.

L'organisation capitaliste de la société ne peut amener l'humanité qu'à plus de barbarie ; elle doit être remplacée par une organisation où l'économie sera mise au service de l'ensemble de l'humanité. C'est l'évolution capitaliste elle-même qui fait surgir la nécessité d'une transformation profonde, révolutionnaire, de la société, et qui donne toute leur actualité aux perspectives communistes. C'est pourquoi les idées vraiment communistes ne disparaîtraient pas, même si le PCF abandonnait cette étiquette. C'est le capitalisme qui amènera inéluctablement de nouvelles générations de jeunes et de travailleurs à s'en emparer.

Mais, dans le combat pour que renaisse un authentique mouvement communiste se donnant pour but cette transformation sociale, les militants communistes actuels du PCF peuvent jouer un rôle important. Ils le peuvent en renouant avec les idées qui étaient celles de leur parti à sa naissance.

Et ce que nous pouvons souhaiter, c'est que tous ceux, parmi ces militants, qui ne perdent pas courage, qui savent que le mouvement ouvrier a eu des hauts et des bas, et qui sont convaincus que le capitalisme ne peut pas être l'avenir de l'humanité, se fixent, comme nous, l'objectif de construire un parti véritablement communiste.

Aline RETESSE