La Chine et les pays occidentaux

06 Août 2008

Prenant prétexte de la répression au Tibet et de la dictature qui s'exerce contre toute la population chinoise, les diatribes à l'encontre de la Chine, le pays qui accueille les Jeux olympiques du 8 au 24 août, n'ont pas manqué.

Elles ont été le fait de dirigeants politiques occidentaux et d'un certain nombre d'associations aux critiques d'autant plus vigoureuses qu'elles visaient un gouvernement qui brandit encore une étiquette « communiste » pour exercer ses méfaits.

Certes, l'État chinois est une dictature qui foule aux pieds la liberté non seulement des Tibétains mais de l'ensemble des Chinois. Et les limitations d'accès à Internet qui font pousser tant de cris aux journalistes sont en fait bien peu de choses en regard des violences que subissent tous ceux qui, en Chine, s'opposent à la dictature, ou tout simplement à la rapacité des capitalistes chinois ou occidentaux, aux expropriations, aux saisies de terre, aux horaires infernaux et aux salaires de misère.

Bien d'autres États montrent aussi peu de respect pour les droits de leur propre peuple, sans susciter de telles indignations. Mais si la dictature exercée sur un peuple ou sur une minorité nationale, incommodait tant que cela les censeurs de la Chine, bien des pays impérialistes comme la France, la Grande-Bretagne ou les États-Unis n'auraient jamais dû être désignés pour accueillir les Jeux olympiques.

Et si les violations des droits de l'homme gênaient tant les politiciens occidentaux, pourquoi encouragent-ils leurs entreprises à y faire autant d'affaires ; pourquoi se transforment-ils en leurs représentants de commerce ? C'est d'ailleurs là le sens de la présence de Sarkozy à la cérémonie d'ouverture. En s'implantant en Chine, non seulement les entreprises occidentales ne soulagent pas l'oppression dont sont victimes les Chinois mais elles en profitent sans vergogne !

En fait, ce que les pays occidentaux reprochent à la Chine tient à son histoire. La Chine fut asservie par l'impérialisme à partir du XIXe siècle, et ce n'est qu'avec l'arrivée au pouvoir du Parti Communiste de Mao Zedong, en 1949, qu'elle a pu accéder à l'indépendance nationale. Elle ne fut plus alors livrée comme elle l'était auparavant à la rapacité des impérialismes anglais, français, américain ou japonais. Au cours du quart de siècle qui a suivi, l'État chinois, tout en demeurant un pays pauvre, a permis que sa population mange plus ou moins à sa faim, accède à l'éducation et à la santé publique. À ce titre, sans jamais, bien sûr, être moindrement « communiste », c'est-à-dire dirigée par les travailleurs eux-mêmes, la Chine était différente de tant de pays dominés et pillés par l'impérialisme, comme la plupart des pays d'Asie, d'Afrique ou d'Amérique latine.

Certes, depuis le début des années 1980, et plus encore au cours des dernières années, le régime chinois a autorisé progressivement la pénétration de son marché et l'exploitation de sa main-d'oeuvre par les multinationales occidentales, satisfaisant ainsi leurs appétits de profits. Mais la Chine reste encore à part. Son État est puissant et surtout n'est pas une simple courroie de transmission de l'impérialisme. Aussi les États occidentaux aimeraient-ils que d'autres influences politiques, pro-occidentales notamment, s'exercent en Chine. Voilà ce que recouvrent, pour l'essentiel, les gesticulations actuelles sur les « droits humains » et pour la « libéralisation » du pays.

Michel BONDELET