Accidents d'ascenseurs : carence des constructeurs et de l'État

26 Juin 2008

Jeudi 19 juin, un garçon de quatorze ans a été tué après avoir a eu la tête coincée par la cabine d'un ascenseur dans une cité HLM du 17e arrondissement de Paris. Cet accident fait suite à un autre, intervenu le 7 juin dans une copropriété du 15e arrondissement de Paris, où un technicien d'une société sous-traitante de Schindler avait été écrasé par la chute d'une cabine, pendant des travaux de rénovation.

Et quelques jours après, un autre ascensoriste était tué, égalemnt à Paris.

L'appareil qui a heurté l'adolescent, qui avait pourtant fait l'objet d'une rénovation, datait de l'entre-deux-guerres, mais la cage n'était pas entièrement fermée de l'extérieur, entourée seulement de grilles de 1,70 mètre de hauteur. Ce même accident aurait pu arriver des dizaines de fois, vu que ce type d'appareil en fonctionnement existe encore à des dizaines de milliers d'exemplaires.

En fait, une bonne partie du parc d'ascenseur n'est pas aux normes. De l'aveu de la Fédération des ascenseurs, qui représente le patronat du secteur, le parc français est le plus vétuste d'Europe. 60 % des 445 000 appareils en fonctionnement ont plus de vingt ans, voire nettement plus et sont donc concernés par la loi Robien sur la rénovation des ascenseurs. Votée en 2003 après des accidents à répétition, cette loi impose une remise aux normes de sécurité des appareils les plus anciens. Mais le gouvernement a récemment repoussé de deux ans le délai, initialement fixé à juillet 2008, sous prétexte que le nombre de commandes s'accumulant, les sociétés ne pouvaient pas les honorer.

En réalité les sociétés d'ascenseurs utilisent ce manque de personnel qualifié pour gonfler les devis et pratiquer des tarifs prohibitifs. Si bien que le coût de la mise à niveau du parc, estimé à 4 milliards d'euros au départ, est maintenant estimé à 8 milliards.

Pourtant si la profession peine à recruter, c'est avant tout parce que le patronat rechigne, malgré la forte activité, à proposer des salaires décents et préfère avoir recours à des sociétés sous-traitantes pour imposer des salaires et des conditions de travail encore plus précaires.

Le gouvernement a préféré reculer le délai de rénovation plutôt que d'imposer au patronat de former et d'embaucher massivement pour que les délais soient tenus. Il a donc choisi le risque de voir se produire des accidents. Il montre aussi que son premier souci est de maintenir une rente de situation aux constructeurs qui ont réalisé rien qu'en 2007 un chiffre d'affaires de 2,4 milliards d'euros. La sécurité des usagers passe après.

David MARCIL