58 % de hausse de revenus pour les patrons du CAC 40 - Et quelle progression pour les actionnaires ?

11 Juin 2008

On ne sait pas si les patrons des entreprises du CAC 40 ont « travaillé plus » en 2007 qu'en 2006, mais en tout cas, ils ont « gagné plus » puisque une récente enquête du journal L'Expansion montre que leurs revenus cumulés ont augmenté de 58 % en un an, passant de 102 à 161 millions d'euros.

Il ne s'agit pas uniquement de leurs salaires, qui, en moyenne, ont augmenté de 5 %, reflétant ainsi la progression des bénéfices réalisés par leurs entreprises, mais de leur rémunération totale. Celle-ci résulte de l'addition de leur salaire fixe, des bonus, dividendes et jetons de présence et, surtout, de la levée de leurs stock-options. Ainsi, Pierre Verluca, PDG de Vallourec et tête de liste des patrons les mieux payés, a pu faire un bénéfice de 17,2 millions d'euros en revendant immédiatement à 237 euros, le prix du marché, les actions qu'il avait eu le droit d'acquérir à 10,57 euros. Et comme c'est un dirigeant d'entreprise avisé (ce qu'il ne faudrait pas confondre avec un auteur de délit d'initié), il a eu le nez creux en les revendant en juin 2007, juste avant que les cours de la Bourse ne s'effondrent !

Évidemment, quand on compare ces revenus à ceux des salariés, ainsi que la vitesse de leur progression, il y a de quoi bondir. Mais quand la protestation émane du milieu patronal, elle devient beaucoup moins crédible. Laurence Parisot par exemple, la dirigeante du Medef, fait mine de s'offusquer en dénonçant des « excès scandaleux » ; excès qui, selon d'autres, se feraient au détriment des actionnaires. Comme si ces dirigeants d'entreprises n'appartenaient pas au même monde des possédants et n'étaient pas eux aussi des actionnaires ! C'est d'ailleurs en jouant à la Bourse avec leurs stock-options qu'ils gagnent le maximum de leurs revenus. Et puis, si les actionnaires leur accordent de généreuses augmentations, c'est quand même avant tout parce qu'ils remplissent leur contrat, c'est-à-dire leur faire gagner de l'argent.

Les indignations vertueuses, qui s'élèvent à chaque fois qu'on parle du salaire des grands patrons, sont là pour tenter de dissimuler que c'est l'ensemble de la classe capitaliste qui s'enrichit et permet à ceux qui la servent de se servir au passage.

Marianne LAMIRAL