NMPP Défi 2010 : les travailleurs relèvent le gant

05 Juin 2008

Différents mouvements ont eu lieu ces derniers temps parmi les travailleurs des NMPP, Nouvelles messageries de la presse parisienne, qui assurent la distribution de la presse.

Ainsi le jeudi 29 mai, le Centre international de Roissy (CIR) n'a pu assurer le départ de la presse à destination des pays étrangers. Le samedi 31 mai, la distribution de la presse quotidienne nationale a été fortement perturbée dans les régions Est, Ouest et Sud-Ouest de la France en raison d'un mouvement des salariés des Agences régionales des Messageries (ARM) de Nancy, Nantes et Toulouse. Enfin, le lundi 2 juin les régions du Rhône et du Sud-Est n'ont pas été servies normalement en presse quotidienne nationale, suite à un arrêt des ARM de Lyon et de Vitrolles.

Ces mouvements sont une réponse à la direction des NMPP qui a décidé d'un plan drastique de réduction des coûts appelé " Défi 2010 ". Ce plan, censé " sauver la presse " commence avant tout par la fermeture d'entreprises et la suppression de 350 emplois.

Aujourd'hui, pour réduire les coûts de transport, les centres de traitement NMPP assurent le groupage des différents titres pour les distribuer dans 185 dépôts. Ces derniers alimentent environ 29 000 points de vente. Le plan Défi 2010 prévoit de sous-traiter le groupage des publications à des entreprises de logistique qui emploient des salariés précaires, sans statut.

Le centre de traitement de Combs-la-Ville doit faire les frais de cette politique et disparaître. 5 000 points de vente supplémentaires devraient être créés, mais pour 150 titres seulement au lieu de 2 000 actuellement.

Les 20 Sociétés d'agences de diffusion (SAD), 100 % NMPP et qui sont les dépositaires distribuant la presse en province, risquent fort de faire l'objet d'une restructuration importante. Déjà, les fonctions comptables sont en voie d'être centralisées à Paris.

Il s'agit bien de préparer une distribution à deux vitesses de la presse avec, en même temps, la suppression d'une partie des emplois stables accompagnée d'une précarisation accrue de la main-d'oeuvre. Les gros groupes d'édition tels que Hachette, Mondadori, Prisma et Dassault seront les seuls vrais gagnants de cette restructuration.

Les travailleurs des NMPP et leur syndicat ont tenté de discuter avec leur direction, mais celle-ci ne veut rien entendre et compte bien passer en force.

Le blocage de certains hebdomadaires a donc été organisé, des distributions de tracts explicatifs ont eu lieu en direction du personnel des groupes d'édition. Les réactions visent particulièrement les éditeurs responsables de cette attaque d'envergure.

La direction des NMPP et les gros éditeurs font savoir qu'ils ne plieront pas, mais les travailleurs n'en ont pas l'intention non plus. C'est peut-être une grève dure et longue qui se prépare.

Correspondant LO

Le système coopératif de distribution de la presse

Après la guerre, la grande majorité des éditeurs se sont regroupés - selon la périodicité et la nature de leurs journaux ou magazines - dans cinq coopératives de messageries de presse qui ont décidé, le 16 avril 1947, de fonder les NMPP. Ce fonctionnement coopératif est censé permettre à chaque titre de presse, petit ou gros, riche ou pauvre, d'être distribué aux mêmes endroits et au même moment dans chaque point de vente du territoire français.

Ce principe égalitaire et la péréquation des coûts ont permis à la presse de se développer après la guerre mais, depuis bien longtemps, les gros éditeurs n'ont de cesse de répudier ce système qu'ils jugent trop coûteux, entendez par là pas assez rentable et inutilement solidaire.

Dans l'histoire récente, nombre d'attaques contre le système coopératif de distribution ont eu lieu et, chaque fois, les ouvriers du Livre ont réagi pour défendre leurs emplois et l'idée qu'ils se font d'une distribution égalitaire de la presse et de son contenu.

Entre 1980 et 2008, les effectifs NMPP sont passés de 5 000 à 1 200. Le coût de l'intervention NMPP est passé de 14 à 6 % de la valeur moyenne d'un journal. Les kiosquiers et libraires sont toujours aussi mal payés et leur raréfaction orchestrée par les éditeurs conduit toujours plus à la baisse du lectorat de la presse quotidienne.

Malgré tout, les difficultés de la presse sont toujours présentées par les patrons de presse et les médias (souvent les mêmes) comme le résultat d'un système trop lourd, avec trop de salariés trop bien payés et surtout... trop syndiqués !